‹ OzanamChapitre 108 sur 171 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'historien 257

autre famille d'esprits, ceux qui dans la méthode historique font à l'hypothèse et à la théorie leur place ; qui voient dans l'hypothèse un moyen d'investigation nécessaire, quoique parfois dangereux, et dans les théories des essais de coordination de nos connaissances auxquels il est vain de reprocher d'être provisoires, puisqu'ils sont indispensables. Ceux-là sont indulgents pour des tentatives, fussentelles imparfaites encore, qui indiquaient la voie à suivre ; ils savent apprécier des vues fécondes, alors même que par un défaut de temps, de méthode, ou de documentation, elles sont insuffisamment appuyées ou en partie fragiles. Ils demandent avant tout à un historien d'avoir des idées. Ozanam en a eu, en a remué beaucoup ; il possédait le don de les concevoir lui-même, et le don de les reconnaître chez les autres et de les mettre brillamment en œuvre. Il a été un esprit des plus suggestifs. Nous avons saisi l'occasion de citer plusieurs de ces aperçus rapides, que le temps ou les circonstances l'ont empêché de développer, et qui auraient pu donner à d'autres savants la première idée d'œuvres justement célèbres. Il aurait été facile de multiplier ces exemples. Mais la méthode même d'Ozanam ne mérite pas que des critiques; il s'en faut de beaucoup. Par une espèce de paradoxe, si dans le détail il prête souvent le flanc, il a eu dans les questions plus générales des principes très justes; dans sa manière d'interpréter la Divine Comédie, ou de poser le problème des sources de Dante; dans sa conception si large de l'histoire, et dans ses vues sur l'orientation à donner à l'histoire littéraire, nous l'avons vu proclamer, et mieux encore, appliquer, trois ou quatre idées, aussi banales aujourd'hui, il faut l'avouer, mais méconnues tout aussi longtemps que les règles de la critique d'érudition. Si, d'autre part, il est resté souvent à la surface des textes, du moins il n'a jamais perdu le contact avec eux. Il a contribué à faire cesser le divorce déplorable qui a si longtemps régné entre l'érudition et l'histoire 4 ; une érudition presque vaine parce

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