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Sans s'en douter Ozanara a fait un bel alexandrin

2. Il faut citer les belles paroles de deuil que Lamartine a écrites sur cette mort. « Il fut enlevé au Paradis de son poète f vori, en laissant sur la terre la Béatrice de ses inspirations et de son amour. Un esprit tel que le sien eût été bien nécessaire à ce temps de contention... Que de coeurs n'eût-il pas conquis à la paix ! »

l'homme de lettres 339

Enfin, il est mort. Cette âme candide etardente est allée à l'éternité. C'était l'âme d'un grand chrétien. C'était aussi celle d'un grand poète.

Une voix chante sur sa tombe.

Quand Ozanam était malade en Bretagne, son ami la Villemarqué, pour passer le temps, lui lisait un jour un poème de la vieille Bretagne, dont Ozanam était ému. «Je le faisais pleurer dans son lit», — dit son ami. C'était l'histoire d'un père désolé qui venait d'ensevelir son fils. La tombe était creusée au pied d'un arbre. — Et voilà que sur une branche de l'arbre un oiseau joyeux se mit à chanter : « Le chant de cet oiseau fut ce qui brisa le cœur du père ! »

« Et moi, dit la Villemarqué, je ne puis relire ces vers, sans songer à l'ami mourant au chevet duquel chantait de même l'oiseau de poésie. Sa voix joyeuse me brise le cœur, et je ne puis achever. »

Henry Cochin.

Sa pensée sociale

La Pensée sociale de Frédéric Ozanam

Foi profonde, science, art de bien dire, courage dans l'affirmation, désintéressement absolu dans l'action, ce sont là autant de traits de caractère chez Frédéric Ozanam. Ils marquent la personnalité de l'orateur, de l'écrivain, de l'artiste, de l'apologiste, de l'homme d'œuvres, — car il fut tout cela — mais aussi du précurseur. C'est sous ce dernier aspect, c'est comme initiateur dans l'ordre de la pensée et de l'action sociales que nous allons considérer cette noble et sainte figure.

S'il est le plus justement populaire parmi ses. émules, les grands catholiques de la première moitié du siècle dernier, Frédéric Ozanam est aussi celui dont l'influence et les pensées dominantes se retrouvent davantage dans la vie religieuse et sociale des catholiques du temps présent.

N'est-ce pas un homme d'aujourd'hui, ayant pris conscience de toutes les tâches urgentes qui s'imposent aux hommes de notre temps, que ce croyant avide de science, fides quœrens intellectum, et convaincu aussi que la foi doit opérer par la charité ?

Par sa vie, par son œuvre tout entière Frédéric Ozanam proclame que la question sociale n'est pas d'ordre purement économique et qu'elle relève de la morale, par conséquent de la religion ; qu'ainsi elle impose à la conscience des chrétiens de graves devoirs, de lourdes responsabilités. Ces vérités, Vhomme par ses exemples, le penseur par

ses écrits, toujours en parfaite harmonie l'un avec l'autre, les ont magnifiquement démontrées.

La brève existence de Frédéric Ozanam, envisagée sous son aspect social, peut tenir en quelques traits. Sa vie et ses écrits, a-t-on dit, sont une même œuvre en deux exemplaires. Rien n'est plus vrai.

Dans une de ses lettres, il rend grâces à Dieu « de « l'avoir fait naître dans une de ces positions, sur la limite « de la gêne et de l'aisance, qui habituent aux privations « sans laisser absolument ignorer les jouissances ; où l'on « ne peut s'endormir dans l'assouvissement de tous ses « désirs, mais où l'on n'est pas distrait non plus par les « sollicitations continuelles du besoin. Dieu sait, ajoute- « t-il, avec la faiblesse naturelle de mon caractère, quels « dangers aurait eus pour moi la mollesse des conditions « riches ou l'abjection des classes indigentes. Je sens « aussi que cet humble poste où je me trouve me met à « portée de mieux servir mes semblables4. »

Ozanam est tout entier dans cette confidence : la préoccupation et le service du prochain, c'est toute sa vie.

Il est Lyonnais d'éducation. C'est à Lyon, berceau de sa famille, où ses parents revinrent dès 1816, que se déroulent son enfance et une partie de sa jeunesse ; c'est là qu'étudiant parisien, il se retrouve au temps des vacances; c'est là qu'il débute dans l'enseignement et qu'il se marie. Aussi les traits caractéristiques du caractère lyonnais se retrouvent-ils en lui : il unit la réflexion froide qui doit précéder le discours ou l'action à l'enthousiasme chaleureux qui donne à la parole sa force convaincante, à l'exemple sa puissance entraînante ; il associe harmonieusement le goût des contemplations mystiques au sens pratique, au génie de l'organisation. Est-ce que ce ne sont pas là des habitudes trop souvent dissociées? L'âme lyon-

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