Lettres, 1. 1", p, 215, (De Gigord
naise fait la synthèse de toutes ces tendances qui semblent contradictoires. N'a-t-on pas dit que la fusion du Rhône impétueux et de la Saône tranquille était l'image du caractère lyonnais? On peut vérifier, chez Frédéric Ozanam, l'exactitude de la comparaison.
Les études supérieures l'attirent à Paris. L'heure est critique pour la jeunesse catholique. On est au lendemain de la révolution de juillet, qui avait déchaîné les passions anti-religieuses; c'est aussi le temps où le mouvement mennaisien, qui avait soulevé d'abord tant d'espérances, vient de dévier. Dans un milieu souvent hostile, Ozanam proclame sa foi, il la défend.
« Nous étions alors, racontera-t-il plus tard1, envahis « par un déluge de doctrines philosophiques et hétéro- « doxes qui s'agitaient autour de nous, et nous éprou- « vions le désir et le besoin de fortifier notre foi au milieu « des assauts que lui livraient les systèmes divers de la « fausse science. Quelques-uns de nos jeunes compa- « gnons d'études étaient matérialistes; quelques-uns, « saint-simoniens; d'autres, fouriéristes ; d'autres encore, « déistes. Lorsque nous, catholiques, nous nous efforcions « de rappeler à ces frères égarés les merveilles du chris- « tianisme, ils nous disaient tous ! « Vous avez raison si « vous parlez du passé : le christianisme a fait autrefois « des prodiges ; mais aujourd'hui le christianisme est « mort. Et, en effet, vous qui vous vantez d'être catholi- « ques, que faites-vous ? Où sont les œuvres qui démon- « trent votre foi et qui peuvent nous la faire respecter et « admettre ? » Ils avaient raison, ce reproche n'était que « trop mérité. Eh ! bien, à l'œuvre ! Et que nos actes soient « d'accord avec notre foi. Mais que faire? Que faire pour « être vraiment catholiques, sinon ce qui plaît le plus à « Dieu ? Secourons donc notre prochain, comme le faisait « Jésus-Christ, et mettons notre foi sous la protection de « la charité. »
1. Discours à la conférence de Florence, 30 janvier 1853. Mélanges, Il fkS,
Ainsi, pour donner à l'affirmation de sa foi catholique une pleine valeur, il se fait, de concert avec ses amis, visiteur et serviteur des pauvres : il devient missionnaire de la foi près de ses contemporains par les œuvres de charité. C'est sa manière à lui de rendre témoignage au Christ : testis Christi.
Voilà pourquoi, encore étudiant, il fonde la première Conférence de Saint-Vincent de Paul. Cette initiative n'est pas tout d'abord unanimement approuvée ; elle soulève des hostilités là même où Ozanam et ses amis ne devaient attendre que des encouragements.
« La Société, écrit-il, a rencontré des défiances parce tout... Les plus estimables ont été entraînés parla foule, « et nous avons dû souffrir beaucoup de ceux mêmes « qui nous aimaient. Au reste, nous n'avons pas à nous « plaindre quand nous avons affaire à un monde où « M. Lacordaire est anathématisé, M. de Ravignan déclaré « inintelligible et l'abbé Cœur, suspect1. »
Malgré ces contradictions douloureuses, Ozanam ira de l'avant, soutenu, d'ailleurs, et cela suffit, par l'autorité ecclésiastique.
Ce sont des étudiants qui visitent le pauvre à son foyer : quelles ressources apportent-ils ? Le travail y pourvoit. Aux heures laissées libres par les cours et la préparation des examens, ils font des traductions, rédigent des articles pour la Tribune catholique et, avec la modeste rétribution de ce labeur supplémentaire, ils trouvent le moyen d'alimenter leur budget de charité.
Secourir la misère matérielle est un devoir pour les chrétiens. Mais les intelligences? Ne faut-il pas aussi que la foi instruite vienne à leur secours ? Ozanam s'inspire de cette pensée pour régler l'emploi principal de sa vie : il veut être professeur et écrivain. C'est un ministère de charité intellectuelle. Mais, pour enseigner et publier, une longue préparation est nécessaire : Ozanam, qui