Lettres, I, p
tient à être à la hauteur de tous ses devoirs, travaille jusqu'à seize ou dix-huit heures par jour, avant d'aborder les soutenances de thèse et les concours qui vont glorifier dans sa personne la foi catholique.
Le voilà professeur. Il enseigne d'abord le droit à Lyon, dans une chaire municipale : l'exposé du droit commercial lui donne l'occasion d'aborder la délicate question des rapports entre patrons et ouvriers; il le fait avec la clairvoyance d'un esprit droit qui a beaucoup observé et l'ardente conviction d'un chrétien soucieux de justice et de charité.
« La parole obscure qui tombe de cette chaire, dit-il à « son auditoire ému, n'est qu'une imperceptible semence « qui, mûrie dans le secret de vos pensées, s'épanouira « peut-être un jour en conceptions efficaces4. »
Un champ beaucoup plus vaste va s'ouvrir bientôt à son apostolat intellectuel. En 1840, — il n'a alors que vingtsept ans, — il obtient la première place au concours d'agrégation des lettres que vient d'instituer M. Cousin.
« Dieu, dit modestement le vainqueur, m'avait fait la « grâce d'apporter dans cette lutte une foi qui, même « quand elle ne cherche pas à se produire au dehors, « anime la pensée, maintient l'harmonie dans l'intelli- « gence, la chaleur et la vie dans le discours. »
Cette victoire conduit Ozanam à la Sorbonne : il devient professeur de littérature étrangère. Parvenu à la pleine maîtrise de son savoir et de son talent, soutenu par l'enthousiasme d'un auditoire tout vibrant, il élève les sujets qu'il traite : historien de la littérature, il est en même temps historien de la civilisation chrétienne. Commentateur de Dante, interprète convaincu de la philosophie thomiste, il remet en honneur, dans le monde intellectuel, les gloires et les traditions catholiques. Il prépare ses leçons avec la patience d'un bénédictin ; il les prononce avec l'élan d'un orateur.