‹ OzanamChapitre 121 sur 171 · Mélanges (Œuvres complète!, VIII, p · texte numérisé non relu

Mélanges (Œuvres complète!, VIII, p

Relisons ce que dit de sa méthode d'enseignement son ami, le P. Lacordaire :

« Défiant de lui-même, il se préparait à chacune de ses « leçons avec une fatigue religieuse, amassant des matées riaux sans nombre autour de sa pensée, les fécondant « par ce regard prolongé de l'intelligence qui les met en « ordre et enfin leur donnant la vie dans ce colloque mys- « térieux de l'orateur qui se dit à lui-même ce qu'il dira « demain, ce soir, tout à l'heure, à l'auditoire qui l'attend. « Ainsi armé, tout pâle cependant et défait, Ozanam mon- « tait à sa chaire. Il n'avait rien de bien ferme, de bien « accentué dans le débit; sa phrase était laborieuse, son « geste embarrassé, son regard mal assuré et craignant « d'en rencontrer un autre; mais peu à peu, par l'entraî- « nement que la parole se communique à elle-même, par « cette victoire d'une conviction forte sur l'esprit qui « s'en fait l'organe, on voyait de moment en moment la « victoire grandir, et lorsque l'auditoire lui-même était a une fois sorti de ce premier et morne silence si acca- « blant pour l'homme qui doit le soulever, alors l'abîme « rompait ses digues et l'éloquence tombait à flots sur une « terre émue et féconde1. »

Ce qui anime cette grande parole, c'est l'amour ardent de la jeunesse qu'elle instruit. Aucun effort ne coûte à Ozanam au service de ses étudiants. Un jour où, malade, grelottant de fièvre, il s'est fait porter à sa chaire, il dit à son auditoire : « Notre vie vous appartient, jusqu'au dernier souffle vous l'aurez ».

Les événements de 1848 ne le surprennent pas. Longtemps avant, il avait noté que « la question qui agite aujourd'hui le monde n'est ni une question de personnes, ni une question de formes politiques, mais une question sociale. » « Passons aux barbares », avait-il dit, avant même les journées de février 1848 dans un article du Correspondant qui avait fait sensation. Et, à un ami que ce mot

Page 1