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Ibid., II, p

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sa propre vocation sociale, fait remarquer qu'Ozanam fut plus qu'un devancier : « Il donna le signal de Fartion populaire chrétienne. » C'est l'honneur d'Ozanam d avoir bien vu quelle importance primordiale avait prise la question du travail, à un moment où d'autres préoccupations moins urgentes absorbaient les meilleurs esprits.

Cette question est de tous les temps. Toujours il a fallu régler comment les activités humaines s'organiseraient pour dominer la matière et lui arracher les trésors indispensables à l'entretien delà vie. Toujours il a fallu déterminer comment et dans quelle proportion les hommes auraient part aux richesses que leur activité suscite ; les régimes du travail se sont succédé, justes ou oppresseurs, favorables aux forts ou prévoyants pour les faibles: leur histoire est celle de l'humanité elle-même.

Mais, si elle est aussi ancienne que le monde, la question du travail s'est présentée aux hommes du dix-neuvième siècle sous des aspects nouveaux. Pendant la première moitié de ce siècle, la grande industrie, favorisée par les progrès étonnants des sciences et de leurs applications, se constitue. Le régime du salariat englobe un nombre de plus en plus considérable d'individus. Une concurrence sans freins se déploie entre les producteurs et déborde les frontières. Au milieu de ces faits troublants, voici que les économistes, d'une part, et les socialistes, de l'autre, prétendent orienter Faction positive, les premiers vers une liberté de plus en plus grande, les seconds vers une contrainte qui leur paraît nécessaire.

D'un côté, fait remarquer Ozanam, « l'ancienne école « des économistes ne connaît pas de plus grand danger « social qu'une production insuffisante; pas d'autre salut « que de la presser, de la multiplier par une concurrence « illimitée; pas d'autre loi du travail que celle de l'intérêt « personnel, c'est-à-dire du plus insatiable des maîtres. « D'un autre côté, l'école des socialistes modernes met « tout le mal dans une distribution vicieuse, et croit avoir « sauvé la société en supprimant la concurrence, en fai-

« sant de l'organisation du travail une prison qui nourri- ■« rait ses prisonniers, en apprenant aux peuples à échan- « ger leur liberté contre la certitude du pain et la pro- « messe du plaisir. Ces deux systèmes dont l'un réduit la « destinée humaine à produire, l'autre à jouir, aboutissent « par deux voies diverses au matérialisme f, »

Ces aspects nouveaux de la question sociale ne pouvaient laisser indifférents les catholiques, que leurs principes détournaient des voies du libéralisme comme de celles du socialisme.

Leur religion n'exclut, en principe, aucun régime économique, comme elle n'exclut aucun régime politique, pourvu que la justice et le respect de la dignité humaine soient saufs. Mais, quel que soit le régime économique: grande ou moyenne industrie, salariat ou coopération, concurrence ou monopole, la doctrine catholique formule certaines requêtes, parmi lesquelles on peut noter les suivantes : que la personne du travailleur soit respectée ; que sa vie de famille, avec les devoirs et les charges qu'elle entraîne, soit sauvegardée; quil puisse remplir tous les préceptes de la religion et spécialement observer le dimanche; que des garanties soient prises pour assurer l'hygiène physique et morale de l'atelier. En un mot il faut que, dans le régime de travail comme dans tous les domaines de l'activité humaine, Dieu règne et que sa volonté soit faite. Or Dieu ne règne que si sa créature est aimée et respectée : il faut donc que les âmes soient assez pénétrées de charité pour reconnaître dans le prochain, et spécialement dans les travailleurs salariés, des créatures faites à l'image de Dieu, par conséquent des frères, non en un sens métaphorique, mais en toute réalité. C'est en cela que la question sociale est une question morale, donc religieuse.

Quand Ozanam parvient à la vie d'homme, le régime de la grande industrie n'a encore dessiné qu'incomplètement

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