‹ OzanamChapitre 133 sur 171 · Victor de Lapuade, Ballanche, p · texte numérisé non relu

Victor de Lapuade, Ballanche, p

l'apologiste 387

Ballanche, toutes les lumières qu'il apportait à tant de jeunes gens troublés par le spectacle des ruines politiques, tentés par l'éloquence des prédications nouvelles, jetés dans les angoisses du doute qui mouilla si souvent de larmes le chevet de leurs lits * ; et relevés, raffermis tout à coup par le bon exemple d'un grand esprit qui ne trouvait le christianisme ni trop étroit pour lui, ni trop vieux. Gomment les intelligences qu'il visitait ainsi ne se fussent-elles pas attachées à un maître si secourable ? Comme elles lui devaient la sécurité de la foi, elles lui durent l'ardeur de la science et le goût de la méditation2. »

J.-J. Ampère qui savait à quoi s'en tenir, après avoir énuméré les hommes éminents avec qui Ozanam, jeune, avait eu affaire, n'a pas craint d'apporter cette affirmation : « M. Ballanche, son compatriote, fut celui qui le toucha davantage3. »

Au surplus, celles des idées de Ballanche que l'on peut considérer comme « spécifiques » ont marqué d'un sillon le cerveau d'Ozanam.

C'est au contact de l'effroyable « terreur lyonnaise » que s'est éveillée la pensée de Ballanche. Il a dû, comme le fait très justement remarquer Victor de Laprade, ses premières, ses plus profondes émotions, non pas à des événements personnels, mais à de grands faits politiques. Et de là, si je puis dire, le pli social qui se retrouve toujours chezlui, quelque question qu'il aborde, l'inquiétude aussi avec laquelle il consacra sa vie à « déchiffrer la redoutable énigme que propose de nouveau à chaque siècle le sphynx de l'humanité ».

Cette préoccupation sera celle d'Ozanam.

Mais « pour posséder un sentiment juste et complet des destinées sociales, il faut d'abord avoir compris les époques finies ; pour bien les comprendre, il faut les avoir

1. Ce sont les expressions mêmes dont se sert Ozanam pour parler de la crise qu'il a traversée.

Page 1