Cité par Ch. Huit, Ballanche, p
aimées. Les hommes, dont la vie intellectuelle commence par la négation des anciennes croyances, se condamnent presque toujours à rester injustes et passionnés. Pour qui ne veut pas la commencer à sa première page, l'histoire reste un livre fermé. Ce génie de Ballanche, si progressif, si clairvoyant, si amoureux de l'avenir, nous pourrions dire si prophétique, s'est formé à l'école des vieilles traditions l. »
Très splendidement Ballanche a écrit : « L'homme grandit au milieu des tombes de ceux qui l'ont précédé: de même l'humanité grandit sur les ruines des nations2. »
Ce sens de la tradition, ce sens des « tombeaux », nul ne le possédera plus que Frédéric Ozanam ; c'est avec les reliques dupasse qu'il entendra réédifier la cité nouvelle; ses premières lettres ne sont-elles pas toutes pleines de cette idée ?
Mais cette cité nouvelle il la veut, et Ballanche Ta voulue avant lui; entre ceux qui prétendent continuer une époque finie et ceux qui demandent un avenir sans racines dans la tradition, il apparaît comme « le plus sage et le plus sincère des conciliateurs, parce qu'il a le sentiment le plus juste de ce passé dont il fallait s'affranchir sans avoir la folle passion de la supprimer3 ».
Le « vieillard » de Ballanche cherche à détourner les jeunes intelligences du culte acharné des idées vaincues ; il ranime en elles l'espoir d'un avenir qui vaudra mieux que le présent.
Sa grande œuvre, c'est la Palingénésie sociale, qui parut en 1827, — Ozanam avait quatorze ans, — livre auquel son auteur avait d'abord voulu donner le titre, significatif aussi, de Théodicée de V Histoire, livre étrange où l'érudition prétend marcher de pair avec l'inspiration. Ballanche est au premier chef un historien mystique4; et, c'est aussi
1. Victor de Laprade, Ballanche, sa vie et ses œuvres, p. 15.