Lettre à de la Noue, 24 novembre
l'apologiste 397
Frédéric Ozanam avait hérité de la sagesse de son aïeul. Apologiste du christianisme, il soutint toujours qu'il fallait laisser aux clercs et aux théologiens l'explication et la défense du dogme, qu'aux laïques savants il appartenait seulement de faire ressortir les convenances et les bienlaits de ladoctrine chrétienne. Cette sagesse a mis à l'abri de l'erreur toutes les belles œuvres de sa précoce et féconde maturité.
Et l'originalité, ce don qui fait les maîtres, faut-il la reconnaître à celui que, jusqu'à présent, nous avons montré disciple ? Oui. Venu trop tard, il n'a pas eu la gloire d'être un initiateur; cependant il a été quelque chose de plus qu'un admirable « metteur en œuvre ». « Croyez, écrit Lamartine au jeune polémiste de 18 ans, que la pensée était en vous; la mienne n'a été que l'étincelle qui a allumé votre âme1. » L'esprit d'Ozanam s'est allumé à la pensée d'autrui : mais il a tiré de son propre fond et de ses études l'élément d'une flamme très brillante et très personnelle. C'est ce que la suite de ses écrits va nous montrer.
Ce qui frappe avant tout d'étonnement quiconque étudie la vie de Frédéric Ozanam, c'est l'extraordinaire précocité de sa vocation et l'inébranlable fermeté avec laquelle il y est resté fidèle, en dépit de tout ce qui aurait pu l'en détourner. Dès que sa raison s'est ouverte à la réflexion personnelle, il a formé le noble et généreux dessein de devenir, parmi ses contemporains, un apologiste de la doctrine de Jésus-Christ.
A l'âge de seize ans, — et que l'on songe à ce que sont habituellement les jeunes gens de seize ans, — il sait ce qu'il veut faire. A dix-huit ans, il en adresse à ses amis Fortoul et Hippeau la solennelle déclaration2 :
1. Lamartine à Frédéric Ozanam, 18 août 1831, dans les Lettres d'Ozanam, •t. I, p. 23.