Même lettre
l'apologiste 423
notre force et notre lumière, elle nous montre où doivent porter nos coups. Grattons le badigeon que la calomnie a passé sur les figures de nos pères dans la foi, et quand ces belles images brilleront de tout leur éclat, nous verrons bien si la foule ne reviendra pas les honorer. Or la foule est plus conséquente que ceuxquis'appellentsages,... elle n'honore pas sans aimer, elle n'aime pas sanscroire.»
Il ne restait à la Providence qu'à fixer la destinée de l'étudiant si bien préparé, de l'avocat et du professeur de droit commercial, jeté hors de sa voie et loin de ses attraits; en 1840, le concours de l'agrégation des facultés y pourvut; Ozanam,tout malade qu'il fût, s'y révéla comme un maître ; la variété de son savoir, l'éclat de sa parole, sa connaissance des langues, étonnèrent ses juges; il n'avait que vingt-sept ans; la suppléance de Fauriel dans la chaire de littérature étrangère, à la Sorbonne, était sur le point de s'ouvrir ; le ministre la donna au jeune chef des catholiques; vraiment le doigt de Dieu était là ! Gomme ceux dontil allait devenirl'émule, à peine ses aînés, mais ses devanciers dans la défense de la vérité et dans la gloire, Montalembert et Lacordaire4, Ozanam trouvait un théâtre digne de sa parole et de son génie.
Le Luxembourg 2, Notre-Dame, la Sorbonne ! Montalembert, Lacordaire, Ozanam, nouveau triumvirat d'apologistes qui règne sur le milieu du xixe siècle, comme Chateaubriand, J. de Maistre, Bonald, — puis Lamennais, le trait d'union, — sur ses débuts; tous trois foncièrement et totalement catholiques, plus instruits de la doctrine que leurs très illustres prédécesseurs, tous trois convaincus, militants et fidèles, tous trois servis par l'éloquence du verbe, dotés chacun d'une « vertu» particulière qui fait leur singularité et leur assigne une place. Dans le recul des âges, Montalembert apparaîtra comme l'homme de la tribune ; la chaire sacrée, les conférences absorberont tout Lacordaire; la chaire universitaire, et la plus haute dans
1. Montalembert est né en 1810, Lacordaire en 1802, Ozanam en 1813.