‹ OzanamChapitre 157 sur 171 · Le 17 août · texte numérisé non relu

Le 17 août

vaient la conduire aux plus hautes destinées, si le christianisme et la civilisation latine n'avaient détruit ces espérances. Il n'y a pas longtemps que Lassen, cet orientaliste consommé, opposait, dans un éloquent parallèle, le paganisme libéral des Germains au Dieu égoïste des Hébreux; et Gervinus, l'historien de la poésie allemande, ne peut se consoler de voir que la mansuétude catholique lui a gâté ses belliqueux ancêtres. »

Illusions ridicules : sans le christianisme, venu par Rome, les Germains fussent restés des barbares.

« A mesure que l'ancienne Rome perd du terrain et des batailles, à mesure qu'elle épuise contre les barbares ses trésors, ses armées, tout ce qu'elle avait de pouvoir, une autre Rome toute spirituelle, sans autre puissance que la pensée et la parole, recommence la conquête, attend les barbares à la frontière pour les maîtriser quand ils deviennent maîtres de tout et pénètre enfin chez eux, au cœur de la Germanie, pour y chercher les nations attardées et récalcitrantes. »

Bien plus, ce fond de moralité, de vertu, de grandeur, que l'on reconnaît chez les plus anciens Germains, ne leur est pas exclusivement propre; il leur vient, — et ici Ozanam remonte pour ainsi dire à l'aurore de sa propre pensée, rejoignant l'école traditionaliste, — de ces traditions communes aux peuples du Nord et du Midi, écho de la révélation primitive, dont la trace se retrouve dans les vieilles religions, les vieilles lois, les vieilles mœurs des peuples de race germanique. L'histoire comme la tradition, aboutit au mystère de la déchéance et à celui du relèvement par le christianisme. » Au moment où Drusus jetait des ponts sur le Rhin et perçait des routes à travers la Forêt Noire, il était temps de se hâter, car dix ans après devait naître dans une bourgade de la Judée celui dont les disciples passeraient par ces chemins pour achever la défaite de la barbarie. »

L'Italie, écrira encore Ozanam dans le Discours préliminaire de son livre sur Dante, l'Italie est l'organe de Rome,

l'apologiste 437

et Rome elle-même est l'immortelle dépositaire de la tradition politique, littéraire et religieuse du monde. Elle a l'ait l'éducation des peuples d'Occident qu'on a longtemps appelés Latins, et qui, pénétrés de la loi, de la foi, de la langue latine, ont mis partout leur empreinte ineffaçable. Toute la civilisation est romaine. En sorte que les destinées de l'humanité reposent tout entières sur cette mystérieuse ville, et qu'il faut bien dire, avec le grand écrivain que nous étudions : « Il n'est pas besoin d'autre preuve pour voir qu'un conseil singulier de Dieu a présidé à la naissance et à la grandeur de cette sainte cité; et je suis dans la ferme croyance que les pierres de ses murs sont dignes de respect, et que le sol où elle est assise est digne de vénération au delà de ce que les hommes ont jamais pu dire et croire. »

Ainsi partout se trouvent affirmées la supériorité du principe chrétien et sa vertu régénératrice.

La Civilisation chrétienne chez les Francs, seconde partie des Etudes Germaniques, est l'apothéose de l'Eglise catholique : je ne sais si nulle part ailleurs elle a été célébrée avec autant d'abondance, de force et de conviction.

Voici d'abord les propagateurs de l'Evangile qui pénètrent à la suite des légions et des colons de Rome jusque dans les profondeurs des forêts de la Germanie et y jettent la bonne semence *.

Puis c'est l'invasion qui se prépare ; mais elle peut venir ; l'Eglise s'est mise en mesure de la recevoir.

« Elle avait des évêques à toutes les portes de l'Empire et des prêtres sur tous les chemins des barbares. Ses basiliques étaient ouvertes, ses baptistères préparés; elle n'avait plus qu'à attendre que les chefs lui amenassent leurs peuples. Il semble que les plus farouches devaient se rendre à la majesté de ses institutions; et c'est l'opinion commune que la conversion des Germains fut prompte et

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