‹ OzanamChapitre 158 sur 171 · La Civilisation chrétienne chez les Francs, p · texte numérisé non relu

La Civilisation chrétienne chez les Francs, p

facile. Elle coûta cependant plus qu'on ne pense. L'Eglise allait être en présence d'une nouvelle race; elle y trouvait deux périls. D'un côté, c'était la barbarie, le goût du sang et de la destruction, la haine du nom romain;... d'un autre côté, et surtout parmi les chefs, l'attrait prématuré d'une civilisation trop savante pour eux, et dont ils comprenaient les désordres mieux que les bienfaits;... en sorte qu'on avait autant à craindre de leur corruption que de leur violence'. »

Et cependant l'Eglise aima les barbares et les servit avant qu'ils fussent devenus les maîtres du monde2; elle ne désespéra jamais d'eux ; elle ne se repentit pas d'avoir pris leur parti dès le commencement, lorsqu'ils ne servaient encore qu'à pourvoir les marchés d'esclaves et les tueries de gladiateurs. Saint Paul les avait déclarés égaux aux Grecs; Salvien les mit au-dessus des Romains de son temps3.

Autre marque de l'intelligence supérieure de l'Eglise et de sa divine inspiration ; elle a deviné les Francs et leur avenir :

« Les moments qui décident du sort des nations se cachent dans le cours ordinaire du temps; le propre du génie est de les saisir et ce fut le mérite du clergé galloromain. Il ne méconnut pas les vices des Francs, il en fit la dure expérience; mais il connut aussi leur mission. Il ne s'effraya pas de ce qu'il lui en coûterait de travaux et d'humiliations pour aider à ce grand ouvrage, et pour tirer d'un peuple si grossier tout ce que la Providence en voulait faire. Dès lors, on voit commencer cette politique savante des évêques, qui éclaire les sanglantes ténèbres des temps mérovingiens... Nous verrons en effet que toute la destinée des Francs était renfermée dans ces termes : commencer la grandeur temporelle de l'Eglise, continuer les Romains, et finir les invasions4. »

î. La Civilisation chrétienne chez les Francs, p. 21.

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