Lallier à Brac de la Perrière, 12 mars
pie défaite) qu'inconscients du développement réservé à leur entreprise d'adolescents, ils avaient attaché peu d'importance aux détails de la fondation, et parvenaient malaisément à les reconstituer après vingt ou quarante années écoulées. « Aucun de nous ne se doutait qu'il y eût là le germe d'une grande œuvre. Qui aurait pu soupçonner alors ce que la bonté divine devait faire sortir de cette réunion de quelques étudiants laïques1 ? » Le seul Ozanam avait le pressentiment de l'extension que pourrait prendre le petit groupement, du bien qu'il lui serait donné d'accomplir : plusieurs passages de ses lettres en font foi. Mais aussi, sa modestie s'ingéniait à amoindrir, à dissimuler son propre rôle dans la fondation, à égarer sur ce point l'affectueuse gratitude des contemporains, la pieuse curiosité de la postérité. Tantôt, dans sa correspondance, il attribuait à tel de ses compagnons tout le mérite de l'idée première et de la réalisation. Tantôt, dans un document public, malgré les amicales mais très vives protestations de Léon Cornudet, il s'obstinait à décerner officiellement le titre de fondateur à celui qui n'avait été en réalité que l'hôte et le mentor de la première conférence2. « Notre cher Ozanam, » pouvait-on écrire plus tard, « avec son excès d'humilité, a contribué à fausser l'histoire de nos origines. Le bon Dieu lui aura tenu compte de tout ce désintéressement, mais il l'aura nécessairement grondé pour avoir dit et écrit le contraire de ce qui était vrai3. »
Au lendemain de la mort d'Ozanam, les témoins de son charitable apostolat comprenaient déjà la nécessité de lui restituer la part prépondérante qui avait été sienne : « Grâce à l'immense développement de notre Société, » faisait remarquer l'un d'entre eux, « l'histoire a commencé pour elle; notre devoir est de ne pas laisser fausser les faits... Il n'est venu à la pensée de personne, j'imagine, de blâmer les prêtres de la Mission, s'ils ont rétabli la