‹ OzanamChapitre 34 sur 171 · Lainache à Ghaurand, 6 mars · texte numérisé non relu

Lainache à Ghaurand, 6 mars

vérité sur les actes de saint Vincent de Paul, cachés ou obscurcis par son humilité. Qui donc pourrait nous blâmer de restituer à notre Ozanam ce que sa modestie repoussait ou semblait attribuer à un autre1 ? » Ce devoir s'impose non moins impérieux à la génération qui, sans avoir eu le bonheur de connaître personnellement Ozanam, contemple au bout de quatre-vingts ans la merveilleuse extension de son œuvre de prédilection : il importe de montrer que, dans le domaine de la charité comme ailleurs, il fut un initiateur, un créateur, aux intuitions lointaines et aux conceptions fécondes.

Débarqué à Paris en ce lendemain de la Révolution de 1830, où les passions antireligieuses étaient déchaînées, où les meilleurs prêtres hésitaient à se risquer en soutane dans la rue, où la présence d'un jeune homme faisait sensation dans une église, Frédéric Ozanam, sans se laisser décourager par une ambiance si défavorable, entreprit, avec la vaillance et l'entrain de ses dix-huit ans, de travailler à la réalisation du double projet qui lui tenait au cœur depuis un certain temps déjà : demander à l'histoire les éléments d'une apologie du catholicisme ; tirer de leur isolement les adolescents chrétiens dont les convictions avaient résisté à la bourrasque, et les grouper en une association de mutuel réconfort moral.

On a vu comment cette double préoccupation le conduisit, au début de l'année 1832, à entrer dans une conférence littéraire ou conférence d'histoire, qui tenait ses séances place de l'Estrapade, proche du Panthéon. C'était une de ces parlottes (les Mémoires de Falloux attestent que le mot était dès lors d'usage courant) où les étudiants se sont de tout temps exercés au maniement des idées et des mots. Elle avait ceci de particulier, que le local des séances avait servi naguères à la Société des Bonnes-Etudes, émanation, « filiale », comme nous dirions à présent, de

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