I. La mâche à Chaurand, 6 mars
qu'à l'origine « des habitudes peu scientifiques ne laissaient presque pas de place à la philosophie et aux investigations sérieuses » : ce qu'il n'a pas dit, c'est que sa jeune maturité, son ascendant sur ses contemporains, avaient été pour beaucoup et presque pour tout dans une si avantageuse transformation. Mais quelques mois plus tard, dans une lettre confidentielle à un parent, il constatait avec une sorte d'effroi cette prééminence que tous reconnaissaient en lui avant même qu'il eût accompli sa vingt et unième année : « Parce que Dieu et l'éducation m'ont doué de quelque étendue d'idées, de quelque largeur de tolérance, on veut faire de moi une sorte de chef de la jeunesse catholique de ce pays-ci... Il faut que je sois à la tête de toutes les démarches, et, lorsqu'il y a quelque chose de difficile à faire, il faut que ce soit moi qui en porte le fardeau. »
Au printemps de 1832, l'épidémie de choléra, qui semait l'épouvante dans Paris, entraîna l'ajournement prématuré des conférences littéraires du samedi: mais à la rentrée scolaire de l'automne, elles reprirent plus brillantes et plus suivies encore. Ozanam y amena un étudiant en droit plus jeune que lui, François Lallier, qui par timidité avait résisté aux insistances d'autres condisciples, mais qui s'inclina quand on lui montra du bien à faire, un bon combat à soutenir en commun1. Un étudiant en médecine, Jules Devaux, qui à la conférence s'était lié avec Ozanam, procura une autre utile recrue, Paul Lamache2. Un peu plus âgé, ce dernier était le seul dont le séjour à Paris lut antérieur à la Révolution de 1830. Il a indiqué luimême comment un scrupule de délicatesse l'avait tenu à l'écart des groupements politico-religieux dans les derniers temps de la Restauration: « Pour ma part, venu à Paris dès 1829, je n'avais point voulu faire partie de la Congrégation, parce que les faveurs accordées à plusieurs de ses membres et l'étroite solidarité qui semblait exister alors