Lamache à Chaurand, 6 mars
2. Paul Lamache, qui ne mourut qu'en 1892, le dernier des fondateurs de la Société de Saint- Vincent de Paul, fut successivement professeur aux Facultés de droit de Strasbourg et de Grenoble; sa biographie a été écrite par M. Paul Allard, l'érudit historien des origines chrétiennes et des persécutions (Lecoffre, 1893,in-12).
quer dans la rédaction du journal révolutionnaire Le National entreprit un éloge enthousiaste de Byron, non seulement comme poète, mais comme penseur hostile à l'idée religieuse; il montra comment le scepticisme de Byron procédait de celui de Voltaire, et en prit occasion pour prodiguer contre le christianisme l'insulte et même le blasphème. Ozanam releva le gant, mais il sortit de la séance profondément attristé. Gomme il se retirait avec Lamache et Devaux, il les entretint soudain de l'opportunité, sans renoncer aux controverses historiques ou philosophiques, de grouper les adolescents chrétiens en une réunion de charité, qui aurait le double avantage de conserver en eux l'esprit de foi et de faire éclater aux yeux de leurs camarades indifférents la persistante et bienfaisante vitalité du christianisme.
Le souvenir de cette scène est resté gravé dans la mémoire des interlocuteurs d'Ozanam : « Je vois, » écrivait cinquante-cinq ans plus tard le dernier survivant d'entre eux, « je vois la flamme briller dans les yeux d'Ozanam, j'entends sa voix que l'émotion fait légèrement trembler, pendant qu'il nous explique, à Devaux et à moi, le projet d'association catholique et charitable1... Il m'en parla en termes si chauds et si émus, qu'il aurait fallu être sans cœur et sans foi pour ne pas adhérer aussitôt à la proposition2. » Quant au langage même que tint Ozanam, quant aux perspectives qu'il entr'ouvrit sur l'œuvre future, nous pouvons nous en faire une idée par cette lettre adressée dix-huit mois plus tard à un ami de province : « A Paris, nous sommes des oiseaux de passage, éloignés pour un temps du nid paternel, et sur lesquels l'incrédulité, ce vautour de la pensée, plane pour en faire sa proie. Nous sommes de pauvres jeunes intelligences, nourries au giron du catholicisme et disséminées au milieu d'une foule inepte et sensuelle ; nous sommes des fils de mères chrétiennes, arrivant un à un dans des murs étrangers où