Lamache à M. Paul de Raynal, 14 janvier
l'irréligion cherche à se recruter de nos pertes. Eh bien! il s'agit, avant tout, que ces faibles oiseaux de passage se rassemblent sous un abri qui les protège, que ces jeunes intelligences trouvent un point de ralliement pour le temps de leur exil, que ces mères chrétiennes aient quelques larmes de moins à répandre, et que leurs fils leur reviennent comme elles les ont envoyés... Or le lien le plus fort, le principe d'une amitié véritable, c'est la charité : et la charité ne peut exister dans le cœur de plusieurs sans s'épancher au dehors ; c'est un feu qui s'éteint faute d'aliment, et l'aliment de la charité, ce sont les bonnes œuvres. »
Lallier, s'il n'assistait point à l'entretien, se laissa aisément convaincre"; il en fut de même de Le Taillandier, dont le projet primitif se précisait ainsi et prenait une portée plus pratique. D'un commun accord, les jeunes gens décidèrent de prendre l'avis de M. Bailly, dont l'âge et la bonté leur inspiraient pleine confiance. Il les encouragea, leur promit de présider la réunion de charité comme il présidait la conférence littéraire, et les engagea à consulter l'abbé Olivier, curé de la paroisse Saint-Etienne-du- Mont. Ce prêtre éminent, qui devait être curé de Saint- Roch, confesseur de la reine Marie-Amélie et évêque d'Evreux, était peu porté aux nouveautés, peu habitué surtout à recevoir pareilles demandes de la part des étudiants du quartier latin : sans déguiser son étonnement ni son scepticisme sur la durée de ce bel enthousiasme, il suggéra à ses interlocuteurs, « d'un ton moitié sérieux moitié goguenard, de faire le catéchisme à de petits malheureux1 ». Le conseil plut médiocrement aux jeunes gens, d'abord parce qu'ils se rendaient compte que leur idée n'avait pas été comprise, ensuite et surtout parce que ce qu'ils rêvaient, c'était de « se reposer des luttes de l'esprit par l'exercice pour ainsi dire manuel de la charité2 ». Après en avoir conféré entre eux, ils arrêtèrent
1, Hommais à Brac de la Perrière, 3 mars 1856.