Ibid
leur choix sur la visite des pauvres à domicile, avec distribution de secours en nature. Ils résolurent aussi de grossir leur nombre d'une unité, et de faire appel à l'un de leurs camarades, fils d'un chef d'institution et saint-simonien récemment converti, Félix Glavé.
La première séance eut lieu au mois de mai 1833, dans les bureaux du journal religieux que dirigeait M, Bailly, rue du Petit-Bourbon-Saint-Sulpice. Ce local avait été préféré à celui de la place de l'Estrapade comme plus intime et plus propre aussi à prévenir toute confusion avec la Société des Bonnes-Etudes et les autres associations disparues. Il y a là une préoccupation qui hanta les fondateurs, on peut le dire, jusqu'à leur dernier soupir : « Cette œuvre, » écrivait Devaux en 1856, « est indépendante de toute œuvre antérieure, et ne s'y rattache que comme se rattachent entre elles les œuvres les plus diverses inspirées successivement par le christianisme *. » Et Lallier déclarait au bout d'un demi-siècle, dans le récit longuement mûri où il condensait ses souvenirs : « Aucun de ces jeunes gens n'avait fait jusque-là partie d'aucune association pieuse. Si quelqu'un d'entre eux avait une opinion politique, les autres ne la connaissaient pas. » Le même souci dictait l'engagement de ne jamais se servir de la réunion naissante comme d'un moyen de favoriser sa fortune ou sa carrière temporelle : scrupule qui peut prêter à sourire de la part d'adolescents de vingt ans, à l'aube d'un gouvernement voltairien, mais scrupule singulièrement honorable, et fort avisé sous une apparence de naïveté ; il s'explique d'ailleurs historiquement par les allégations colportées la veille ou l'avant-veille, et dont nous avons mentionné l'effet sur la conscience ombrageuse de Lamache.
Ce fut toujours la même crainte, au moins autant que l'exemple de la conférence littéraire, qui fît écarter les vocables d'association, confrérie, congrégation, et adop-