‹ OzanamChapitre 41 sur 171 · Devaux à Brac de la Perrière et à Chaurand, 6 mars · texte numérisé non relu

Devaux à Brac de la Perrière et à Chaurand, 6 mars

ter celui de conférence de charité '. Cette expression, qui a fait fortune, était et demeure, grâce à Dieu, étymologiquement très impropre. S'il est un lieu d'où la rhétorique et la recherche de l'éloquence soient bannies, un lieu où l'on s'abstienne de disserter et de conférencier, un lieu où les controverses théoriques soient remplacées par des causeries toutes simples et toutes pratiques, ce sont et ce seront indéfiniment, il faut l'espérer, les conférences de Saint-Vincent de Paul. Elles n'en restent pas moins pieusement, tendrement attachées à ce nom de conférences, qui évoque le souvenir bientôt séculaire d'une poignée d'étudiants chrétiens, groupés pour tenter d'adoucir le sort de leurs frères indigents et d'étayerleur propre foi.

On s'affermit dans la résolution de porter des secours au domicile des pauvres; mais parmi ces novices de la bienfaisance, aucun ne connaissait de pauvres. L'un d'entre eux émit l'idée de recourir aux lumières de la supérieure des Filles de la Charité du quartier de la Montagne-Sainte-Geneviève, la Sœur Rendu, connue et bénie encore aujourd'hui sous son nom de religion, Sœur Rosalie. Cette grande femme de bien encouragea sans hésitation ceux qui faisaient ainsi appel à son expérience : elle désigna des familles où la visite des jeunes gens pourrait être convenable et efficace ; elle fournit des bons de pain, en attendant que la conférence en possédât en propre; elle eut même la générosité d'ouvrir un crédit assez large et très opportun, car la quête hebdomadaire ne réunissait dans le chapeau du trésorier Devaux qu'une somme relativement mince. La Sœur Rosalie fit mieux encore : dans ses conversations familières avec les jeunes visiteurs, qui venaient l'entretenir des besoins de leurs protégés, elle exerça sur eux une action d'autant plus profonde et durable qu'elle s'abstenait soigneusement d'exhortations proprement dites; mais le spectacle

t. « Il sembla d'ailleurs que ce nom était entièrement inoffensif et que personne n'en pourrait prendre ombrage. » {Origines, p. 19.)

de son éminente charité, de sa foi en la Providence, était la plus persuasive des prédications.

« Dès la seconde ou la troisième séance, » rapportait plus tard Lallier, « la Société était ce que nous la connaissons, sans disputes, sans discussions, sans controverses, et comme la chose du monde allant le plus toute seule1. » Pour mettre un peu d'ordre dans la tenue des séances et dans la distribution des services, il avait pourtant été nécessaire de fixer au moins oralement une ébauche de règlement : les points essentiels en avaient été adoptés dans des causeries amicales, principalement sur l'initiative de M. Bailly, qui se trouvait ici dans son rôle de modérateur et de guide. Au témoignage d'une des premières recrues, « il était président de cette conférence de charité sans prendre part à son action spéciale, comme il était président de nos conférences littéraires sans prendre part à leurs travaux. C'était à vrai dire un président d'ordre et de conseil plutôt qu'un membre véritablement participant 2 ».

En l'absence de documents écrits (on ne tenait pas ou on ne conservait pas alors de procès-verbaux), les souvenirs ont longtemps varié sur le nombre exact des membres présents aux deux ou trois premières séances. Ozanam en particulier, familier qu'il était devenu avec les philosophes scolastiques, protestait modestement et gaiement quand plus tard on parlait devant lui des sept fondateurs de la Société de Saint-Vincent de Paul : « Oh ! mon bon ami, » disait-il à Devaux, qui lors d'une rencontre à Rome évoquait avec lui ces chères réminiscences, « ne nous arrêtons pas à ce nombre de sept, car il y a des gens qui voudraient encore voir là du mysticisme ! Sept n'est-il pas le nombre des sacrements, etc., etc.3? »

Tout compte fait, c'étaient bien sept, si l'on y comprend M. Bailly, qu'étaient les premiers membres de la première conférence. Socialement, aucun d'entre eux n'appartenait

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