‹ OzanamChapitre 42 sur 171 · Hommais à Brac de la Perrière, 3 mars · texte numérisé non relu

Hommais à Brac de la Perrière, 3 mars

3. Jules-Louis Devaux (monographie non mise dans le commerce), p. 21.

ni à l'aristocratie, ni même à la bourgeoisie opulente, à laquelle la Révolution de juillet venait pour un temps d'assurer la prépotence : leurs familles, de petite bourgeoisie laborieuse, occupaient un rang modeste et jouissaient d'une réputation honorable dans le cercle assez restreint où elles vivaient. Individuellement, leur destinée à presque tous fut de même modeste autant qu'honorable. Si Lamache fut un excellent professeur de Faculté, Lallier, doué des qualités qui font le bon, l'éminent magistrat, refusa obstinément, par réserve, par attachement à sa chère Bourgogne, un siège de juge et même de conseiller à Paris : il demeura par sa volonté président du petit tribunal de la petite ville de Sens. Le Taillandier, fixé à Rouen, partagea son temps entre les œuvres et ses affaires commerciales. Devaux usa ses forces dans l'absorbant métier de médecin de campagne, si noble quand on l'exerce en philanthrope et surtout en chrétien. Glavé enfin, bientôt séparé de ses compagnons, a terminé ses jours dans une telle obscurité qu'il n'a pas été possible jusqu'ici de reconstituer la fin de son existence ni même de se procurer son portrait.

Par l'éclat de sa trop courte carrière, par la persistante influence de son enseignement et de ses livres, par l'étendue de son érudition, par l'originalité de sa méthode, par le charme de son talent oratoire et littéraire, Ozanam se classe à part. Mais la Société de Saint-Vincent de Paul dérogerait gravement aux traditions d'humilité qui ont présidé à sa naissance si, en revendiquant Frédéric Ozanam pour son principal fondateur, elle cédait à la tentation tout humaine de s'attribuer une illustre ascendance. Le seul souci de la vérité, le désir d'acquitter une dette de gratitude, la conduit à proclamer que, dans la fondation comme dans la propagation, le rôle d'Ozanam fut capital, et que Lacordaire n'a nullement exagéré en saluant en lui « le saint Pierre de cet humble cénacle ».

Sans doute, l'idée première, encore vague et imprécise, a été mise en avant par Le Taillandier ; sans doute encore,

M. Bailly a fourni à l'œuvre naissante l'hospitalité d'un toit qui était sien, le crédit de son âge, l'appui de son expérience ; sans doute surtout, la fondation de la première conférence de charité fut une entreprise collective, où chacun évita soigneusement de se mettre en avant ; mais en fait, comme l'écrivait longtemps après un contemporain et un émule des fondateurs, « ces jeunes gens se sont groupés autour d'Ozanam, par son unique attrait et grâce à son unique influence * ». Sur cette influence décisive, faite à la fois d'autorité et d'amicale persuasion, tous les témoignages concordent. « Ozanam, » s'écrie Lallier, « à qui je dois, après Dieu, presque tout ce que j'ai pu faire de méritoire2... » Au lendemaindesnocesd'or delà Société, où il avait été acclamé comme l'un des fondateurs survivants, Lamache protestait : « Laissant absolument de côté tout sentiment d'humilité chrétienne, j'affirme sur ma parole d'honneur que, pour ce qui me concerne, je n'ai aucune espèce de droit à ce titre de co-fondateur ; que j'ai bien été un des premiers membres et que le bon Dieu m'a fait la grâce toute gratuite de toujours aimer l'Eglise et les pauvres, mais que jamais je n'aurais pensé à former cette première conférence; que c'est Ozanam qui le premier m'en a parlé; que c'est lui qui a été l'âme de cette première conférence, comme il avait été l'âme de la conférence littéraire qui avait été l'occasion de mes premières relations avec lui ; qu'une très large part de reconnaissance est due au vénérable M. Bailly, et que sans lui, sans son expérience et son aide, la formation de la première conférence serait peut-être restée à l'état de velléité généreuse ; mais que certainement sans Ozanam cette première conférence ne serait pas née 3. » Devaux de son côté n'avait point hésité à déclarer publiquement : « J'ai eu le bonheur d'être un des sept ou huit premiers qui formèrent le noyau de cette association. Celui qui me procura ce bonheur, qui me

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