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Lallier à Brac de la Perrière, 27 mars

parla le premier de ce dessein inspiré par les sentiments les plus exquis delà charité chrétienne, et me proposa d'y prendre part, a toujours été à mes yeux le véritable fondateur des conférences de Saint- Vincent de Paul. Les motifs qui en déterminèrent l'essai, s'ils ne lui étaientpas entièrement personnels, résultaient du moins des circonstances dans lesquelles il avait été si proéminent qu'aux yeux de ceux qui se les rappelleront comme moi; l'honneur de celte fondation lui appartiendra toujours, j'en suis convaincu ; c'était feu le professeur Frédéric Ozanam {. »

Les contemporains qui ont assisté à la fondation sans y prendre personnellement part sont peut-être plus explicites encore. #« C'est d'une inspiration de votre cœur, » écrivait-on à Ozanam en 1840, « qu'est née cette sainte institution, qui est destinée peut-être à étendre sur la France entière comme un vaste réseau de charité2. » Et trois ans après sa mort, quinze des premières recrues croyaient devoir souscrire cette déclaration solennelle : « S'il est vrai que la Société de Saint-Vincent de Paul a été fondée par plusieurs, il n'est pas moins vrai que Frédéric Ozanam a eu une action prépondérante et décisive dans cette création. C'est lui qui a partagé avec un autre étudiant Phonneur d'avoir l'idée première d'une réunion dont les membres uniraient à leur foi la pratique des œuvres de charité. C'est lui qui a usé d'initiative pour amener la réalisation de ce projet. C'est lui qui a décidé la plupart des premiers coopérateurs à faire acte de dévouement envers les pauvres, aucun d'entre eux n'ayant appartenu à des associations antérieures... Entrés dans la Société peu de temps après sa création, il nous est permis de parler de ses origines sans être liés par les sentiments honorables qui peuvent condamner les fondateurs au silence, et en affirmant ce qui précède, nous n'avons

1. Lettre de Devaux du 18 février 1856, publiée dans le journal La Vérité du 22 février 1856.

d'autre mobile que notre respect et notre amour également profonds pour la vérité1. »

De tant d'attestations concordantes, on peut conclure que dans l'œuvre collective de la fondation de la première conférence, la part de Frédéric Ozanam fut nettement prééminente : son rôle allait s'affirmer aussi capital dans le fonctionnement et le développement de l'œuvre nouvelle.

A la troisième ou quatrième séance, la question se posa de savoir si la réunion serait ouverte à de nouvelles recrues : « 11 paraît, » écrivait Lallier vingt ans plus tard, « que ce fut moi qui présentai le premier membre admis dans notre conférence de charité ; il se nommait de La Noue, fils d'un conseiller à la cour d'Orléans... Je dis il parait, car mes souvenirs à cet égard ne sont pas très précis. C'est Ozanam qui me rappelait ce fait, il y a deux ans, et qui m'assurait que Ton n'avait pas admis sans difficulté un neuvième"2 membre et que j'avais dû lutter pour arriver à ce résultat3. » On objectait que le petit groupe d'amis, en s'élargissant, risquait de se banaliser et de perdre son charme d'intimité. Lallier fit valoir que son candidat venait tout récemment d'abjurer les erreurs saint-simoniennes, et qu'il importait de le confirmer dans sa conversion. Par le fait, de La Noue fut un confrère modèle, qui mit au service de la conférence non seulement une exemplaire générosité de cœur, mais un talent littéraire déjà très affiné : il n'eut malheureusement le temps que de rédiger quelques rapports, et succomba prématurément.

Une première admission prononcée, il n'y avait point

1. Déclaration du 30 mars 1856, signée de quinze a membres de la première conférence de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris ». Les signataires ne voulaient pas laisser « compromettre l'exactitude de faits qui nous sont connus d'une manière certaine grâce à nos propres souvenirs et grâce à ce que nous avons appris de la bouche même des fondateurs ».

2. On sait qu'Ozanam demeura persuadé toute sa vie que les premiers membres avaient été au nombre de huit.

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