I. Ce grade n'a eu qu'une existence éphémère
suppléant: il n'en voulut plus d'autre qu'Ozanam'. A vingt-sept ans, celui-ci se trouvait monter sur un théâtre digne de lui. Il devint titulaire de la chaire en 1844, à la mort de Fauriel, sur la présentation unanime de la Faculté. D'accord avec Fauriel, le jeune suppléant résolut, pour sa première année, de traiter des Nibelungen. Son premier soin fut de partir pour l'Allemagne, afin de visiter celte région des bords du Rhin où sont localisées les plus célèbres des légendes dont il allait avoir à parler., Nous saisissons ici encore un trait de sa physionomie intellectuelle . Il aimait les voyages, non seulement par unecuriositéinslinctive et intelligente, mais pour le profit qu'en pouvaient retirer ses travaux. Sans doute ne faut-il rien exagérer. Il ne songeait pas encore, comme on le fera plus tard, non sans beaucoup d'excès, à expliquer l'histoire par le milieu. Ce qu'il demandait aux voyages, c'était la «dernière impression des lieux qui colore et fait voir l'histoire2 » ; autrement dit, moins un objet d'études qu'une excitation pour son imagination. Ainsi dans ses Poètes franciscains, on trouve à chaque page le souvenir de ses courses en Italie ; je ne parle pas des documents d'archives, mais des paysages de l'Ombrie. Quant aux œuvres d'art, il les. goûtait vivement, en esprit ouvert à toutes les nobles impressions; mais, bien que ses journaux de voyage3 le montrent touriste très diligent, précisant souvent ses notes d'un rapide croquis, relevant des plans,
1. Il y aurait une page intéressante à écrire sur les relations entre Ozanatn et le génial érudit qui du premier coup avait discerné son mérite ; d'un côté, modestie et confiance, de l'autre la plus affectueuse estime. Cf. les lettres d'Ozanam à Fauriel publiées par M. Victor Glachant dans la Quinzaine du 16 avril 1896; et quelques lettres inédites de Fauriel que je dois (comme d'autres renseignements) à une affectueuse et bien chère communication ; l'une entre autres où Fauriel, après avoir félicité Ozanam de son mariage, ajoute : « Je n'ai pas besoin de vous dire combien je serais charmé de causer avec vous, non de votre cours pour lequel vous n'avez aucun besoin de moi, et ne devez consulter que vous, mais amicalement de toutes choses... Je serais charmé de voir en passant votre nouvelle famille et l'ancienne, il me semble que je leur [dois?] quelque chose pour votre bonheur, et ie suis prêt à les en remercier. »
%, Lettres (1912), II, 455.