‹ OzanamChapitre 53 sur 171 · En partie publiés dans les Lettres · texte numérisé non relu

En partie publiés dans les Lettres

esquissant des façades d'églises, on peut trouver qu'il en parle d'ordinaire d'une manière un peu vague. Il n'est pas archéologue professionnel ' dans ses descriptions de monuments, pas plus qu'il n'est géographe dans ses descriptions de paysages; ce ne sont pas les questions techniques qui l'attirent2, et l'on est même surpris de trouver si rarement, dans ses écrits, l'expression de l'intérêt que ne pouvaient manquer d'éveiller en lui les écrits et les travaux par lesquels un Victor Hugo, un Montalembert, un Yitet, un Mérimée, un Gaumont vengeaient l'art religieux du moyen âge d'un injuste dédain et restituaient à la France et au catholicisme une de ses plus belles gloires. Mais il y a deux choses qu'il a comprises à merveille. D'abord que les œuvres d'art sont à leur manière des documents dont l'histoire peut tirer parti. Dans sa thèse latine, il signale ce que peuvent apprendre, sur les croyances religieuses de l'antiquité, les monuments figurés et en particulier les vases grecs, dont l'étude méthodique commençait alors. Il le note d'ailleurs d'un trait juste, et passe. De même, à propos de Dante, il remarquera finement, dans certaines représentations que le poète se fait du Paradis, un souvenir de la manière dont s'ordonnent, au tympan de nos cathédrales, les chœurs concentriques d'anges et de saints. Il n'y a encore là qu'une indication non développée. Mais dans son commentaire du Purgatoire, il fit entrer toute une étude sur les origines de l'art italien, à propos de ces admirables chants X et XI, qu'on

1. Il faut faire une exception pour l'archéologie des catacombes qu'il avait étudiée très sérieusement (cf. dans La Civilisation au V* siècle [1873], II, 293, la leçon sur Y Art chrétien), et dont il a su tout ce qu'on pouvait en savoir avant de Rossi. Cet art chrétien primitif, où le symbole tient une si grande place, où la pensée l'emporte tellement sur la forme, répondait bien au tour d'esprit qu'Ozanam portait dans les questions d'art.

2. Nous citerons à ce propos un mot qui nous semble révéler sa tournure d'esprit. H est tiré d'une lettre écrite de Lyon le 24 novembre 1835, à son ami de La Noue. Celui-ci avait accepté au nom d'Ozanam la vice-présidence d'une association pour le développement de l'art religieux, que l'on songeait à former. Ozanam se dérobe. « J'aime beaucoup les arts, mais je les connais bien peu : à peine suis-je initié à ces études difficiles désignées sous le nom d'esthétique. » [Lettres, éd. 1912, I, 180.) On le voit, c'est par le côté philosophique qu'il paraissait naturel à Ozanam d'aborder les arts.

pourrait appeler le poème des artistes ; puisque c'est leur race ambitieuse et susceptible, avide de louanges, animée « du grand désir de l'excellence», qui est appelée par le poète à fournir l'aveu et l'exemple, et de l'attrait, et de la vanité, et de l'expiation de la gloire1. De même le livre des Poètes franciscains fait très bien ressortir l'influence du franciscanisme sur l'art ; il contient comme une première esquisse de l'ouvrage célèbre de Thode2. D'autre part, Ozanama reconnu d'un coup d'œil très juste les caractères essentiels de l'art du moyen âge, didactique, encyclopédique, symbolique. «Tout le Spéculum de Vincent de Beauvais est dans les sculptures de la cathédrale de Chartres3»; cette formule si bien frappée mériterait de servir d'épigraphe aux beaux travaux de M. Mâle. Ozanam est donc tout autre chose qu'un pur savant de cabinet ; il est de ceux qui sa vent regarder; et l'un des fruits les plus achevés de sa maturité est ce délicieux Pèlerinage au pays du Cidk, où l'historien admirablement renseigné sur le passé du pays qu'il visite, le poète indulgent aux vieilles légendes, pourvu qu'elles soient pieuses et gracieuses, le lettré aux intarissables souvenirs, l'amant de la nature, l'observateur attentif du pittoresque dans les costumes et dans les mœurs, et par dessus tout le chrétien empressé de tout ramener à Dieu, s'unissent pour nous donner un des chefs-d'œuvre de la littérature des récits de voyage5.

Au retour de son voyage d'Allemagne, en décembre 1840, Ozanam inaugura son enseignement. C'est le moment de se demander comment il a compris sa tâche. Qu'il ait aimé avec passion ce métier d'éveilleur d'âmes,

1. Purgatoire (éd. 1873), p. 229-232 (il n'en subsiste malheureusement que les notes, non la rédaction développée).

2. Thode, Franz von Assisi und die Anfànge der Kunst der Renaissance in Italien.

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