‹ OzanamChapitre 59 sur 171 · Loc. cit · texte numérisé non relu

Loc. cit

l'historien 173

tuait; la physionomie s'éclairait de la lumière intérieure; le regard s'ouvrait et parlait aussi ;... la pensée élargissait la phrase, l'image se pressait harmonieuse et variée sur les lèvres de l'orateur ; l'éloquence abondait, vive et pressée; une métamorphose était accomplie. » Il a touché les plus irrévérencieux et les plus sceptiques. « Il a le feu sacré, écrivait Sarcey • ; il y a une telle conviction intérieure en cet homme que sans art2, malgré tous ses défauts, il vous convainc, il vous émeut. Il aune imagination tendre et rêveuse ; et il trouve d'admirables expressions, pleines de mélancolie et presque poétiques. A l'écouter, on se sent venir les larmes aux yeux. »

Est-ce à dire qu'il fût sans défaut ? On lui reprochait parfois ceux qui sont, qui étaient surtout en ce temps-là la rançon de l'éloquence, « la pompe des images, la splendeur trop préparée de quelques effets, l'abus du trait;... l'imagination égarait parfois son goût et le faisait succomber à la tentation d'un faux lyrisme3 ». Il est certain que quelques-unes de ses leçons finissent par ressembler à des méditations poétiques et religieuses à propos d'histoire4. Ce sont les travers de l'époque. 11 faut songer qu'on était en plein romantisme; comme le poète, il semblait naturel que le professeur étalât son « moi», fit à tous la confidence de ses opinions politiques ou de ses sentiments intimes, et non seulement traitât magnifiquement son sujet, mais en sortît pour «dire son âme à son auditoire5 ». C'était le temps où il ne paraissait pas burlesque de faire de Mickievicz un professeur au Collège de

1. « Il n'y a que deux hommes, écrivait encore Sarcey dans cette espèce de galerie qu'il a donnée des professeurs de la Sorbonne, qui m'aient révélé ce que peut être un orateur : l'un est M. Ozanam, l'autre est M. Jules Simon. » Il les oppose d'ailleurs l'un à l'autre. « Quant à M. Simon, c'est autre chose c'est un homme qui est orateur jusqu'au bout des ongles. Quel admirable comédien!... De M. Ozanam et de M. Simon réunis, on ferait, je crois, un homme bien éloquent. Mais la conviction intérieure manque un peu à M. Simon. »

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