‹ OzanamChapitre 61 sur 171 · Le Purgatoire de Dante, p · texte numérisé non relu

Le Purgatoire de Dante, p

8. Voir (Ibid., p. 311) un exemple de ces objections et de la réponse d'Ozanam (il s'agissait de cette question bien vague, et insoluble dans les termes où on la posait, de savoir si le moyen âge a connu la liberté, et si l'Eglise l'a favorisée).

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chose de très vivant, on pourrait presque dire de dramatique et de passionné. Le professeur d'aujourd'hui, qui d'ordinaire n'a pas d'autre ambition que d'exposer en un langage sobre, clair et précis, sans autre chaleur que celle de la logique, à des auditeurs choisis et préparés, un fragment de la science impersonnelle, s'étonne et a peine à comprendre quand on lui parle de ces « tourments de la parole publique1 » qu'Ozanam éprouva jusqu'au bout et dont douze années de pratique ne purent le guérir. C'est que l'enseignement ainsi compris réclamait plus que delà science, uneespèced'inspiration, forcément irrégulière et inégale. Telles qu'elles sont, avec leurs grandes qualités, qui sont de tous les temps, avec leurs particularités qui datent, les leçons d'Ozanam, — et ses livres, car les deux choses se confondent à peu près, — sont d'admirables exemples d'un genre aujourd'hui abandonné, jadis très en faveur et dont le brillant épanouissement, de 1820 à 1850, a été un honneur pour, l'esprit français.

L'enseignement n'est pas utile à l'auditoire seulement; il l'est souvent au maître lui-même. Si l'on compare la thèse sur Dante aux Etudes germaniques, le progrès, — un certain genre de progrès, — est évident. Dans l'ouvrage du début, la forme n'est pas tout à fait à la hauteur du fond; la composition est un peu lâche et fragmentaire ; le style parfois rugueux et embarrassé. Plus rien de ces légers défauts dans les Etudes. Ozanam s'y montre tout à fait maître de ses procédés d'exposition et de son style, clair, ample, vivant, coloré, trop continuellement oratoire, peut-être un peu monotone et solennel2, il l'avouait luimême. On a souvent dit, après Gicéron, que c'est la plume qui forme l'orateur. L'inverse est parfois vrai. Sainte- Beuve a remarqué de Guizot que la tribune avait donné

2. Lettre à Ampère, 12 nov. 1850 : « Je me défie de la monotonie et de la solennité de mon style. » (Lettres, II, 282,)

de la fermeté à son style naturellement pâteux. Ozanam raconte qu'il trouvait dans sa chaire (presque une tribune', alors) la chaleur qui l'abandonnait quelquefois dans le cabinet 2.

Cet enseignement très suivi, très goûté, fut malheureusement interrompu par la maladie, dans le courant de l'année 1846-1847. Si elle n'avait été le premier avertissement de sa fin prématurée, il faudrait se féliciter de cette interruption, car elle fut pour Ozanam le moyen d'un progrès nouveau. A cet homme qui n'avait jamais négligé une occasion d'apprendre, un moyen de s'instruire avait manqué. A lui comme à beaucoup d'autres, d'ailleurs. Pendant la plus grande partie du xixe siècle, il y a eu là un défaut commun à presque tous les historiens français, à la seule exception des anciens chartistes. L'Ecole des chartes était le seul établissement où fût organisé l'enseignement « des sciences auxiliaires et des moyens techniques d'investigation3 ». Ailleurs les étudiants en histoire ne recevaient qu'une éducation littéraire. Ozanam, qui avait suivi tant de cours, n'avait et ne pouvait avoir reçu nulle part une initiation méthodique à la paléographie, à la diplomatique, à la philologie romane, à la chronologie technique ; en un mot aux diverses sciences qui enseignent à trouver les documents, à les lire, à les comprendre, à les critiquer. En toutes ces matières, qui ne s'apprennent bien que par « dressage » et sous la direction d'un maître, il n'était qu'un autodidacte, instruit tant bien que mal par le hasard des lectures, ou la consultation des spécialistes sur des points particuliers ; mieux préparé, par conséquent, et plus enclin à mettre en œuvre les matériaux accumulés par autrui, qu'à explorer par lui-même les bibliothèques et les archives. Il avait le sentiment de ce qui lui manquait

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