‹ OzanamChapitre 63 sur 171 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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très éloignés en réalité des faits qu'ils racontent, et que semblait seulement en rapprocher la distance à laquelle ils sont de nous mêmes. Bien des traditions hagiographiques, littérairesou autres, se sont évanouies devant cette défiance. Notamment, beaucoup d'attributions d'écrits ont été revisées ou mises en doute. Contre ce scepticisme, cette espèce de doute méthodique, les arguments d'éloquence ou de sentiment ne sont plus de mise ; on a éliminé jusqu'aux derniers restes du romantisme, et l'on considère aussi de plus en plus que la recherche historique n'a pas d'autre but qu'une intelligente curiosité, et se suffît à elle-même. L'histoire ne sert à rien! a-t-on dit d'un airde triomphe. Geuxmêmesqui refuseraient avec raison d'aller jusque-là, y regardent du moins à deux fois avant d'aller chercher dans l'histoire des arguments pour nos controverses présentes. On s'est rendu compte qu'il n'y a rien de plus trompeur que les mots, rien de plus dangereux queles rapprochements purement verbaux, rien de si délicat à analyser que les conceptions politiques d'autres époques, et surtout d'époques à demi naïves encore et peu habituées aux idées abstraites. On a renoncé à rechercher dans le passé les « titres de la liberté » ; on ne s'imagine plus que les « libertés » que les Milanais défendaient contre Frédéric Barberousse eussent le moindre rapport avec la liberté selon la Charte ; ou qu'on réponde au reproche adressé à l'Eglise, de se montrer hostile à la démocratie, en lui attribuant, d'ailleurs très probablement à tort, l'affranchissement des communes. 11 y a donc forcément beaucoup de parties caduques dans les livres d'autrefois. Personne n'apprend plus la philologie romane dans Fauriel, ou même l'histoire de Guillaume le Conquérant dans Augustin Thierry, l'histoire de la civilisation en France dans Guizot. Mais alors même qu'ils appellent presque à chaque page des rectifications ou des réserves, alors même que les conclusions générales en sont abandonnées, alors même qu'ils risqueraient d'égarer celui qui s'y fierait exclusivement, et qu'ils ne sont plus guère lus que pour

L HISTORIEN

la beauté de leur style, ou par curiosité historique et comme témoins d'un état dépassé de la science, il y a des livres qui restent mémorables, parce qu'ils ont marqué un progrès, qu'ils en ont provoqué d'autres, et qu'à défaut d'une infaillibilité impossible, ils ont eu la fécondité. Ceux d'Ozanam sont du nombre1.

Le premier grand travail d'Ozanam, c'est son Essai sur la philosophie de Dante, présenté comme thèse de doctorat, remanié ensuite et publié sous le nouveau titre : Dante et la philosophie catholique au XIIP siècle.

Où en étaient, lorsqu'il conçut le plan de ce travail, la connaissance et l'intelligence de Dante? Sainte-Beuve l'a dit dans un de ses Lundis2. Il a très bien indiqué par quelles étapes le grand poète a réussi à se faire accepter chez nous; car on n'est pas venu à lui du premier coup. A peu près inconnu, en France, auxvn6 siècle, le xviii6 siècle n'en parle guère que pour s'étonner de la réputation que lui faisaient les Italiens. Voltaire avait l'esprit peutêtre trop léger, trop fermé à tout un ordre de beautés poétiques, en tout cas trop prévenu contre le catholicisme et par conséquent contre les formes de pensée du Moyen Age, pour essayer même de comprendre; il a traité Dante avec une complète irrévérence, et ses admirateurs avec impatience et colère, presque comme des ennemis personnels3. On aurait dit qu'il jugeait sa gloire liée au maintien

1. Nous examinerons les principaux travaux d'Ozanam en les groupant d'après les sujets traités. Il se trouve que nous pourrons en même temps suivre a peu près, mais à peu près seulement, l'ordre chronologique. Obligés de nous borner, nous laisserons de côté les travaux de jeunesse, les articles de vulgarisation, les premières ébauches, reprises plus tard, pour nous attacher au définitif et à l'essentiel.

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