Causeries du lundi, XI
3. Il a traduit en vers, avec une « grande inintelligence de l'art sévère et passionné de Dante » (Hauvette, Dante, 358), un épisode célèbre de l'Enfer, celui de Guido de Montefeltro.
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du goût classique étroit qui était le sien*. Le président de Brosses a fait de sincères efforts pour s'initier; il avoue n'y avoir guère réussi. Rivarol a fort bien senti quelques aspects du style de Dante, mais non pas tous ; il est responsable pour une part de la légende qui ne voyait dans le poète florentin qu'âpreté sévère et tragique, et méconnaissait la grâce et la tendresse; qui en un mot dans la Divine Comédie ne pensait qu'à Y Enfer. Surtout il n'a jugé Dante qu'en littérateur, et c'est se condamner à ne l'entendre qu'à moitié. La Harpe résume l'impression prodigieusement fausse du xvme siècle : « un monstre », « un poème monstrueux », telles sont les expressions qu'il emprunte à Voltaire pour caractériser une œuvre qui est précisément une des constructions les plus logiques et les plus méditées de la littérature de tous les temps, et à laquelle on pourrait reprocher plutôt trop de science et trop de subtilité dans l'arrangement2. Chateaubriand aurait pu trouver dans la Divine Comédie les arguments les plus forts en faveur de sa thèse sur la supériorité du merveilleux chrétien ; à s'en tenir au Génie du Christianisme, on pourrait se demander s'il l'a lue ; on reste confondu de la pauvreté et de l'insignifiance de ses remarques. Ginguené l'avait lue, et le chapitre qu'il lui consacre dans son Histoire de la littérature italienne est probablement la première étude à peu près compétente parue en français. Elle est encore gâtée partrop de préjugés « philosophiques».
Une très grande réputation, « qui s'affirmera toujours, parce qu'on ne le lit guère », une << vingtaine de traits qu'on sait par cœur » et qui épargnent « la peine d'examiner le reste3 » — ainsi l'épisode de Françoise de Rimini ou celui d'Ugolin — mélangés à beaucoup de bizarreries ou d'extravagances, voilà tout ce qu'éveillait le nom de Dante pour un Français cultivé d'il y a cent ans. En Allemagne, pays d'érudition plus solide et plus respectueuse, en Italie,
1. Comparer son attitude très analogue à l'égard de Shakespeare.