Mélanges, II
bientôt après'. Avec cet art admirable qu'il eut toujours de se borner et de se contenir, il écarte premièrement toutes les questions accessoires; il touche peu aux études de Dante, aux passions de sa jeunesse, à ce travail intérieur d'où le poème sortit. Il se renferme dans l'histoire politique, mais c'est pour s'y établir en maître : on voit se débrouiller sous sa main ce chaos d'affaires et de factions qui partagent l'Italie à fin du xm6 siècle, la querelle expirante du sacerdoce et de l'empire, la guerre acharnée des nobles et des plébéiens, les rivalités des villes, l'intervention des étrangers. Ces devises contraires des Guelfes et de.s Gibelins, des Blancs et des Noirs, dont le sens se perd au milieu de la complication des intérêts et des événements, se déchiffrent et font voir tout ce qu'elles exprimaient de violent et d'implacable. Les personnages mal connus de Boniface VIII et de Charles de Valois, les chefs des puissantes maisons florentines des Gerchi et des Donati, se mettent en ordre, en lumière, en action. C'est au milieu de cette clarté et de ce mouvement que le rôle de Dante se déclare. »
Ainsi Fauriel avait pris Dante du point de vue philologique et biographique; il laissait à Ozanam le soin de traiter le côté philosophique, la doctrine, les idées, « le travail intérieur » d'où naquit la Divine Comédie.
Que Dante repousse avec horreur l'idée d'être un simple amuseur; que rien ne lui est plus étranger que la doctrine de l'art pour l'art; qu'il veut instruire au contraire, et que son poème contient une véritable encyclopédie, sœur des Miroirs et des Sommes où le Moyen Age formulait ses conceptions de la morale, de la science et de l'histoire, sœur aussi des Sommes de pierre qui ornent nos cathédrales; maisqued'autre part ses enseignements se dissimulentsouvent sous des voiles difficiles à percer; qu'habitué, comme tout le Moyen Age, aux procédés d'interprétation de la Bible transmis par les Pères à la scolastique, il les