‹ OzanamChapitre 67 sur 171 · Revue des Deux Mondes · texte numérisé non relu

Revue des Deux Mondes

applique à la poésie ; qu'il pense, avec toute l'école dont il est issu, qu'un texte poétique doit être comme chargé de plusieurs sens superposés * ; qu'il emploie, « sans jamais s'en lasser », ce « langage particulier, si délaissé depuis des siècles, l'allégorie2 » ; et qu'ainsi il propose sans cesse des espèces d'énigmes à la sagacité du lecteur3 ; cela saute aux yeux dès qu'on l'ouvre, et lui-même s'en est expliqué.

Pour prendre quelques exemples dans la Divine Comédie, il faut certainement voir des symboles, et dans la forêt obscure où le poète s'égare, et dans les trois animaux féroces qui lui barrent le chemin, et dans les personnages de Virgile, de Mathilde ou de Béatrix, sans parler de bien d'autres traits moins célèbres et moins « classiques ».

Mais quelles sont, pour parler comme Dante lui-même, « les vérités qui se cachent sous ces beaux mensonges » ? Les très nombreux commentateurs que la Divine Comédie a suscités depuis le xive siècle (il faut convenir qu'elle en avait besoin) se sont naturellement divisés souvent sur des points de détail. L'accord régnait sur l'essentiel4 ; on pensait que l'intention fondamentale de Dante était d'ordre moral et religieux. Au sens littéral, le poème est une grandiose fiction, où d'ailleurs « de nombreuses doctrines morales, théologiques, politiques ou scientifiques sont exposées directement5 », où beaucoup défaits historiques sont rappelés et appréciés. Au sens allégorique, il est l'histoire de la conversion de Dante lui-même; au sens moral, il montre à

1. On sait que saint Thomas, qui ne fait que résumer la tradition antérieure, distingue quatre sens différents : le sens littéral ou historique, le sens allégorique ou figuré (les faits de l'Ancien Testament sont la figure de ceux du Nouveau), le sens moral (de ces faits se dégage une leçon), le sens anagogique (dans la mesure où ces faits peuvent nous révéler quelque mystère de la religion) . Dans son Convivio (II, i), Dante pose en principe que la même méthode vaut pour la poésie, et il en donne des exemples en commentant quelques-unes de ses propres Canzoni. Cf. Hauvette, Dante, p. 281-282.

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