Année 1842, t. LUI
3. Son mémoire, paru d'abord dans le Correspondant, est dans les dernières éditions des Œuvres publié à la fin du volume »ur les Poètes franciscains.
de conceptions dont l'étrangeté prouverait l'originalité, dont la puissance ferait pardonner l'étrangeté, l'interprète définitif d'une pensée aussi vieille que le genre humain, Ozanam, par une interversion hardie, prend à rebours l'ordre des temps; et partant de cette période culminante du Moyen Age qu'est le siècle de la Divine Comédie, passant des romans chevaleresques au Pasteur d'Hermas, et du Pasteur à Homère, il va rejoindre, par delà les « siècles de fer », par delà l'antiquité chrétienne, les mythes païens étudiés dans son précédent travail. Il remonte jusqu'à sa source le courant delà tradition, « ce fleuve d'idées formé des légendes du Moyen Age, purifié parle christianisme, chargé auparavant de toutes les fables de la poésie et de la théologie païenne, et sorti d'une source mystérieuse que l'homme n'a pas creusée1 ». Il a écrit des travaux plus personnels que cette immense enquête ; rien qui prouve davantage l'ampleur de ses lectures. Naturellement, c'est sur le Moyen Age surtout qu'il insiste, et c'est le Moyen Age tout entier qu'il interroge; depuis l'Irlande, si riche en fictions poétiques, qui lui fournit à la fois « la formidable histoire du Purgatoire de Saint-Patrice », et « l'odyssée monacale du Voyage de saint Brendan », et la farouche légende de Tundale, et celle de saint Fursy, jusqu'à l'Orient byzantin, où les histoires de saint Antoine et de saint Macaire, comparées à celle de saint Brendan, font reconnaître, dans leur bizarrerie, « la sécheresse, la dureté, la pauvreté du génie byzantin2 » ; — depuis l'Islande, patrie de ce Chant du soleil, inséré dans les Eddas, et qui offre avec la Divine Comédie quelques rencontres de détail d'autant plus étranges, qu'il est absolument impossible de songer à une influence exercée, jusqu'à l'Italie, où sinon la Vision iïAlbéric, du moins les œuvres de Joachim de Flore, ont quelque chance au contraire d'avoir été connues de Dante. Toutes ces légendes, tour à tour poétiques ou niaises, grandioses ou puériles, terribles ou