‹ OzanamChapitre 78 sur 171 · Documents, pp. 291-312, et introduction, pp · texte numérisé non relu

Documents, pp. 291-312, et introduction, pp

4. Les écrits de Giacomino sont parmi les plus anciennement signalés de toute une série de poèmes (de Patecchio de Crémone, Uguccione de Lodi, Barsegapé, fra Bonvesin de Riva), qui ont en commun une inspiration morale et didactique, et qui ont posé un problème résolu en sens contraires par d'éminents philologues. « Une véritable langue littéraire, commune à toute cette région de Milan à Venise », s'est-elle établie « au xiii* siècle, à côté ou pour mieux dire au-dessus des divers patois » ? Ou bien faut-il dire seulement que « les dialectes de l'Italie supérieure avaient alors plus de ressemblance entre eux qu'ils n'en ont aujourd'hui? » (Hauvette, Littérature italienne, 45). Cf. l'exposé de Gaspary, Storia délia letteratura italiana, 118 n.

5. Rien ne prouve d'ailleurs que Giacomino en soit l'inventeur. Il a pu en puiser l'idée chez quelque sermonnaire.

Et le fils reproche au père sa faiblesse, ses mauvais exemples et ses mauvais conseils. Mais surtout Giacomino fournit une preuve de plus à l'appui d'une thèse sur laquelle Ozanam, presque en même temps, insistait dans un autre de ses ouvrages. « On ne sait pas assez, dit-il, — et ces mots sont presque le programme de ses Poètes franciscains, — quels services Tordre des Frères Mineurs a rendus à la langue italienne1.» D'abord, ordre depauvres et fait pour les pauvres, il prêche dans l'idiome des pauvres. Saint François, d'autre part, a légué à bon nombre de ses disciples son âme de « troubadour2 ». Giacomino est un des membres de sa famille poétique, qui se confond presque avec sa famille religieuse. Mais le lyrisme d'un saint François ou même la poésie plus savante d'un Jacopone de Todi, ne sont que l'expression spontanée d'une âme enthousiaste et comme la satisfaction d'un instinct. Giacomino a dans l'école franciscaine une physionomie un peu spéciale, en ce que ses essais poétiques sont un procédé réfléchi d'apostolat. Rien n'était plus en vogue, dans la Haute-Italie, à la fin du xme siècle, que les épopées chevaleresques d'origine française, plus ou moins italianisées. Des chanteurs ambulants les récitaient dans les rues et sur les théâtres. Faire tourner ce goût au profit de la propagande religieuse, concurrencer sur son propre terrain cette poésie de carrefour, aux jongleurs profanes opposer « les jongleurs de Dieu », créer ainsi une forme nouvelle et détournée de prédication, voilà, grâce à Ozanam, ce que nous savons qu'a tenté Giacomino. Ses vers proclament eux-mêmes qu'il sont faits pour être chantés, non pour être lus. La forme de ses poèmes est précisément celle des chansons de geste. « Les vers de treize syllabes, rangés quatre à quatre en stances terminées par les mêmes rimes, rappellent les alexandrins et les tirades monorimes de nos vieux romans carlovingiens. » Pour le fond même, plus d'un pas-

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