De Rossi, Roma sotterranea, I, p
5. Ferrai, // « De situ urbis Mediolanensis », dans Rullettino delV Istituto Storico italiano, XI (1892)1
qui elle décrivait l'état de Rome avant l'incendie de Robert Guiscard. Mais Mgr Duchesne semble bien avoir démontré tout récemment que les particularités caractéristiques communes à toutes les recensions des Mirabilia, y compris la Graphia, révèlent la main du chanoine Benoît, auteur du fameux Polyptique, prototype du Liber Censuum, lequel écrivait à la fin de la première moitié du xne siècle'. La Graphia ne saurait être antérieure. Comme il n'y a pas de raison pour qu'elle soit sensiblement postérieure, on se trouve ramené à l'opinion de Jordan, qui la datait de 1150 environ2. Nous avons cru devoir résumer rapidement cette discussion ; elle montre en face de quels problèmes, résolus en sens divers, se trouvent parfois les historiens; et par sa vivacité même et sa durée, elle témoigne de la curiosité qu'a éveillée la découverte d'Ozanam chez tous les savants qui s'occupent du folk-lore romain.
Parmi les monastères de la région romaine, il n'en est guère de plus célèbre que celui de Farfa, dont le très riche cartulaire, compilé à la fin du xne siècle par le moine Grégoire3, est de tout premier ordre pour le nombre et l'antiquité des documents qu'il contient. Ozanam, qui le consulta à la Bibliothèque Vaticane, ne pouvait songer à en entreprendre une édition4. Il y a pris ce qui lui paraissait mieux rentrer dans le cadre de son livre, lequel, sous l'apparence d'une collection de textes isolés, témoigne en réalité d'un dessein arrêté. Il a publié les préfaces, qui offrent leur intérêt propre et indépendant. Grégoire y raconte les origines de son œuvre; par son dévouement aux
1. Fabre-Duchesne, Le Liber Censuum de V Eglise Romaine, 97 et suiv.
2. Jordan, Topographie der Stadt Rom im Altertumy II, 358. Déjà Ozanam avait remarqué que la Graphia mentionne les tombeaux des papes Innocent II et AnastaselV, morts en 1143 et 1154. Mais ces indices chronologiques pouvaient fort bien être des gloses postérieures.
3. Ce cartulaire avait déjà été consulté par Duchesne et Mabillon, et Muratori en avait donné le catalogue.
4. Depuis cette édition a été donnée, sous les auspices de la Società Romana di Storia patria, par MM. Giorgi et Balzani (Il regesto di Farfa di Gregorio di Catinot 1879 et suiv.).
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intérêts, par son culte pour le passé de son monastère, il s'y montre le type d'une vertu que beaucoup de ses confrères ont poussée jusqu'au défaut; mais en ce qui le concerne lui-même, les explications qu'il donne, avec beaucoup de précision, de naïveté et de franchise, sur la méthode employée par lui, si elles ne satisfont évidemment pas à toutes les exigences de la critique moderne, attestent du moins son soin et sa bonne foi. Au sortir de l'effroyable barbarie qui sévissait en Italie au xe siècle, ou pour mieux dire jusqu'au milieu du xie, un pareil travail, considérable et méthodique, est bien le produit de cette espèce de Renaissance qui accompagne la réforme grégorienne. Partout, — en commençant par le Saint-Siège, — on s'attache entre autres choses à reconstituer les titres et à défendre les temporalités des églises.
L'évêque Ranieri, qui gouverna l'église de Sienne de 1129 à 1170, fit faire un calendrier destiné à servir en même temps de nécrologe à son église. 11 y a beaucoup d'exemples de ce genre de livres. A chaque jour, après l'indication du saint qu'on y honorait, on laissait un espace blanc pour inscrire le nom des morts dont on devait célébrer l'anniversaire. Il arriva souvent qu'on y nota aussi au fur et à mesure les événements considérables. On en usa ainsi à Sienne, durant plusieurs siècles. De cette manière, et par une suite de mentions rigoureusement contemporaines, se constitua une espèce de chronique. Sans être inconnue1, elle n'avait encore jamais été publiée intégralement. Ozanam en donna la première édition complète2, à laquelle il conserva la forme d'obituaire. Elle est surtout riche en notices relatives aux xine et xive siècles. C'est une période très importante pour l'histoire de la Toscane; celle où l'autorité de l'Empire, après l'énergique restauration de Frédéric II, s'effondre défini-
1. Elle a été utilisée pour les notes mises par Benvoglienti à son édition delà chronique d'Andréa Dei au t. XV des Rerum Italicarum Scriptores de Muratori.
2. Une seconde édition en a été donnée par Bœhmer, sous le titre d'Annales Scnenses, et cette fois en rétablissant l'ordre chronologique, dans les Monumenta Germanise, Scriptores, XIX, 225-235 (1866).
tivement ; où les villes achèvent de conquérir leur indépendance de fait; où se forment les célèbres partis guelfe et gibelin ; où Florence, après des luttes acharnées, prend le dessus sur les autres villes toscanes et notamment sur Sienne. Or, pour le xnie siècle tout au moins, l'historiographie toscane est assez pauvre en chroniques contemporaines des faits. L'obituaire de la cathédrale de Sienne l'enrichit de façon très appréciable. Il est d'ailleurs plus vivant qu'on le croirait peut-être* ; à travers la sécheresse des mentions, de temps à autre un mot, un cri de triomphe ou de haine révèle des passions politiques aussi ardentes qu'inconstantes2; et l'on croit y voir se peindre l'âme tout entière de la vieille Sienne, la cité mystique, la cité de la Vierge, et en même temps la ville aux rancunes tenaces, qui pour ne jamais les oublier, faisait dans un registre officiel tenir procès-verbal de ses griefs contre ses voisines et des offenses reçues d'elles3.
Un manuscrit de la Bibliothèque Vaticane, qui paraît dater du ixe siècle, renferme une collection de deux cent quarante-trois hymnes, pour les heures canoniales et pour chaque fête de l'année. Ozanam en a donné une table complète ; et parmi celles de ces poésies qui lui ont semblé inédites, il en a choisi et publié treize. Œuvres dont quelques-unes gardent un -reflet de l'antiquité; dont la plupart sont fort barbares; le pur lettré les dédaignerait, et cependant Ozanam indique très bien en quelques lignes le parti qu'en peut tirer l'érudition. Ce sont des témoins d'une de ces décompositions qui préparent les résurrections; les règles de la quantité tombent dans l'oubli, le vers syllabique se substitue au vers métrique, la rime ap-
1. On y trouve même des traits de mœurs curieux; ainsi (en 138'j, Documents, p. 212) la pittoresque vengeance que le recteur de Saint-Marc, Andréa Graziani, tira des frères ermites de Saint-Augustin, à Sienne.
2. On y constate le passage de Sienne du parti Gibelin au parti Guelfe.
3. Cf. Banchi, II memoriale délie offese fatte al comune di Siena {Archiv'w Storico Italiano, 3e série, XXII). Ce « mémorial » fut compilé par ordre de Bonifazio di Guido Guicciardi, podestat en 1223, et continué par ses successeurs.
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paraît et s'impose; c'est-à-dire qu'on assiste aux origines de la versification moderne.
C'est un intérêt d'un autre genre que présentent les vers d'Alfano et de Guaifre par lesquels se clôt la partie latine des Documents. 11 ne s'agit plus d'œuvres anonymes, de date et d'attribution incertaines, de contenu banal en somme comme une grande partie de l'hagiographie du haut Moyen Age. Alfano et Guaifre sont des personnages connus, et leurs poésies, où les traits individuels et précis, où les allusions ne sont pas rares, et qui parfois ont un caractère de circonstance, fournissent des documents à l'histoire, et non pas seulement à la philologie. Ils sont les principaux représentants de l'école poétique du Mont Gassin. Le célèbre monastère, après une période d'abandon, avait été repeuplé de moines et relevé de ses ruines vers le milieu du xe siècle, et dans la seconde moitié du xie connaissait les jours les plus brillants de son histoire. Très riche, très puissant, il n'était pas seulement devenu la métropole politique autant que religieuse d'un petit Etat presque souverain, la Terre de Saint-Benoît. Il fut un instant la capitale de la chrétienté, quand un de ses abbés, Didier, devint pape sous le nom de Victor III, et incapable de se maintenir dans Rome, vint fixer sa résidence dans son ancienne abbaye. N'eût-il jamais ceint la tiare, ce Didier, par son rôle comme abbé, serait encore une des graudes figures de son temps. Il transforma le Mont-Cassin, en reconstruisit les bâtiments de fond en comble, en fît, au point de rencontre de races et de civilisations très diverses, un grand centre d'art, de culture et d'échanges intellectuels, et l'un des intermédiaires par lesquels Byzance introduisait dans l'Europe latine les produits d'une industrie raffinée que personne n'égalait alors1. Il n'encouragea pas moins les lettres. Déjà Ughelli, Tosti, avaient publié des spécimens du talent d'Alfano et de Guaifre;
1. Sur le Mont-Gassin comme centre d'art., cf. Bertaux, L'Art de l'Italie méridionale de la fin de l'empire Romain à la conquête de Charles d'Anjou, p. 155 et suiv.
Giesebrecht, dans son mémoire sur les écoles en Italie, leur avait consacré une étude approfondie1. Ozanam mit à profit un court passage au Mont-Cassin pour faire copier bon nombre de vers inédits; entre autres le poème dans lequel Alfano chante le «renouvellement» de l'abbaye, document très considérable pour la connaissance de ces immenses travaux de Didier, auxquels « ne suffisaient pas les artistes d'Hespérie », auxquels collaborait «la Thrace2».
Dans la partie italienne, nous n'avons pas à revenir sur les poésies de Giacomino de Vérone, et la nécessité de nous borner nous fera passer rapidement sur les vers de Buonagiunta Urbiciani de Lucques, l'un de ces poètes lyriques, imitateurs des Provençaux, qui fleurirent en Toscane durant la seconde moitié du xme siècle, encore que ces vers ne soient pas désagréables, et que dans cette période des origines, aucun testo dilingua ne soit indifférent. Ce qui est beaucoup plus important, c'est le poème de Ylntelligenzia. Ozanam a raconté les circonstances qui le lui firent connaître. Trucchi, dans ses Poésie italiane inédite, avait déjà, d'après un manuscrit mutilé, signalé un poème en nona rima 3 dont il avait publié seize stances, en les attribuant à un auteur sicilien anonyme du commencement du xne siècle ; ce qui était absurde. L'attention d'Ozanam fut attirée par un érudit français, Colomb de Batines, l'auteur de la Bibliografia Dantesca, sur un manuscrit complet du même ouvrage conservé à la Magliabecchiana. Ce manuscrit portait à la fin une mention presque contemporaine, à demi effacée, mais qui reparut sous les réactifs chimiques du bibliothécaire Gelli, et qui donnait à la fois le titre et le nom de l'auteur : « Questo si chiama la Intelligienza, lo quale fecie Dino chompag... » Du coup