De lltterarum studiis apud Halos, etc., p. 25 et suiv
2. Documents, p. 265. Bertaux, op. cit., p. 165 insiste sur la très grande importance de ce texte pour résoudre ce qu'il appelle « la troisième question byzantine ».
3. C'est-à-dire en octaves auxquelles est rattaché un neuvième vers rimant arec le sixième.
L HISTORIEN
Tintérêt du poème se trouvait singulièrement accru. Car Dino Compagni est un personnage presque illustre : prieur en 1289 et 1301, gonfalonier de justice en 1293, et surtout auteur d'une chronique doublement célèbre, parce qu'elle raconte en détail et de façon très vivante la grande crise que traversa Florence au début du xive siècle, cette guerre civile des Blancs et des Noirs que suffirait à immortaliser le nom de Dante ; et parce que l'authenticité en a donné lieu à une polémique dont l'âpreté et la durée ont rappelé les disputes littéraires des érudits de la Renaissance '. En Dino Compagni, Ozanam révélait brusquement un poète. Poète médiocre d'ailleurs, qui ne vaut pas l'historien, et que son inventeur nous paraît avoir traité avec un peu d'indulgence. Une rapide analyse en fera juger. Le poème s'ouvre par une description du printemps, thème banal emprunté aux troubadours provençaux. Puis l'auteur raconte comment il s'éprit de sa dame, et en décrit le somptueux costume. «Il trouve ainsi l'occasion d'enchâsser dans une digression d'environ quatre cents vers tout un lapidaire, c'est-à dire un de ces traités, que le Moyen Age aimait, sur les origines et les propriétés des pierres2. » Après la parure vient l'habitation, qui ne peut en être indigne. Mais de si beaux appartements sont décorés, bien entendu, de peintures, de mosaïques ou de sculptures. Il faut bien en expliquer le sujet, et ce sera prétexte à intercaler de longs épisodes, qui forment les deux tiers du poème : histoire de Troie, histoire d'Alexandre, surtout histoire de César. Le poète, — longtemps infidèle,— revient enfin à sa dame. Et il termine en daignant donner la clef de ses énigmes. Celle qu'il aime est l'intelligence ; le palais qu'elle habite, « et qu'a fondé Dieu » , c'est l'âme avec le corps. La grande salle de ce palais c'est le cœur; la cuisine, ainsi qu'il convient, c'est l'estomac ; nous
1. Sur toute cette querelle (qui ne commença d'ailleurs qu'en 1858, après la mort d'Ozanam) et sur Dino Compagni en général, voir le grand ouvrage d'isidoro del Lungo, Dino Compagni e la sua cronaca, La question est de plus en plus tranchée dans le sens de l'authenticité.