‹ OzanamChapitre 89 sur 171 · Poètes franciscains, p · texte numérisé non relu

Poètes franciscains, p

tation des universités ; ils s'accommodent des fictions légales par lesquelles l'ordre acquiert une espèce de propriété de fait, condition de la stabilité et des loisirs et par conséquent des études. De part et d'autre on fait valoir d'excellentes raisons; de part et d'autre il y a des âmes très saintes; le parti le plus fort, celui de la Communauté, se donna le tort de rigueurs inutiles. Le conflit s'éternisa; toute la littérature franciscaine des xme et xive siècles en est plus ou moins le reflet; et cela est particulièrement vrai des poésies de Jacopone. Elles ne reprennent toute leur vie et tout leur sens, qu'une fois replacées dans le milieu exalté qui les vit naître. Si l'on n'a pas pénétré à fond la psychologie des Spirituels, façonnée par un demisiècle de tracasseries, faite d'enthousiasme et d'exaspération, on ne comprendra pas la manière presque agressive dont Jacopone glorifie la pauvreté, ni ses invectives contre « Paris destructeur d'Assise ». Si Ton n'a pas présente à l'esprit la politique du Saint-Siège, presque toujours favorable à la Communauté et parfois rude pour ses adversaires, on ne s'expliquera ni l'allégresse provoquée chez les Spirituels par l'éleetion de Célestin V, un pape de leur parti, ni l'amertume de l'immense déception qui suivit. La révolte de Jacopone contre Boniface VIII n'est pas un incident isolé; elle résulte presque fatalement des raisons psychologiques et morales les plus profondes : tout séparait ces deux hommes, qui représentent deux conceptions opposées de la religion etde l'Eglise. Plus d'attention accordée aux doctrines des Spirituels aurait aussi amené Ozanam à modifier un peu ce qu'il dit des rapports de Dante avec « l'école religieuse et littéraire des disciples de saint François ' ». Dante tient à cette école autant peutêtre mais autrement qu'il ne le pense. Il doit aux Spirituels quelques-unes de ses idées de politique et de morale religieuse. Il partage avec eux, outre une admiration ardente pour la pauvreté franciscaine, la conviction, et

Page 1