Lettres (1891), II, 186 (26 janvier 18'i
latine et les premiers commencements du génie chrétien jusqu'à la fin du xuie siècle...
« Le sujet serait admirable, car il s'agit de faire connaître cette longue et laborieuse éducation que l'Eglise donna aux peuples modernes. Je commencerais par un volume d'introduction, où j'essayerais de montrer l'état intellectuel du monde à l'avènement du christianisme: ce que l'Eglise pouvait recueillir de l'héritage de l'antiquité, comment elle le recueillit, par conséquent les origines de l'art chrétien et de la science chrétienne, dès le temps des catacombes et des premiers Pères. Tous les voyages que j'ai faits en Italie Tan passé ont été tournés vers ce but.
« Viendrait ensuite le tableau du monde barbare, à peu près comme je l'ai tracé dans le volume qui attend votre jugement4; puis leur entrée dans la société catholique et les prodigieux travaux de ces hommes comme Boëce, comme Isidore de Séville, comme Bède, saint Boniface, qui ne permirent pas à la nuit de se faire, qui portèrent la lumière d'un bout à l'autre de l'empire envahi, la firent pénétrer chez les peuples restés inaccessibles, et se passèrent de main en main le flambeau jusqu'à Charlemagne. J'aurais à étudier l'œuvre réparatrice de ce grand homme, et à montrer que les lettres, qui n'avaient pas péri avant lui, ne s'éteignirent pas après.
« Je ferais voir tout ce qui se fit de grand en Angleterre au temps d'Alfred, en Allemagne sous les Othons, et j'arverais ainsi à Grégoire VII et aux croisades. Alors j'aurais les trois plus glorieux siècles du moyen âge : les théologiens comme saint Anselme, saint Bernard, Pierre Lombard, Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaventure; les législateurs de l'Eglise et de PEtat, Grégoire Vil, Alexandre III, Innocent III et Innocent IV; Frédéric II, saint Louis, Alphonse X; toute la querelle du sacerdoce et de l'empire; les communes, les républiques italiennes, les chroniqueurs et les historiens; les universités et la