Ozanam, op. cit., p
les Creuzer, les Schlegel, les Haller, les Stolberg, les d'Eckstein, devenus les appuis inébranlables de leur mère adoptive1?» Il voyait le catholicisme s'émanciper en Angleterre, progresser aux Etats-Unis, s'épanouir en Irlande. Il constatait qu'en Suisse, tandis que le protestantisme se montrait surtout favorable à l'aristocratie, par laquelle il avait pénétré dans l'Europe, le catholicisme, fidèle à la cause des peuples, veillait au maintien des antiques libertés. Et puis, se tournant vers l'Amérique du Sud, il voyait les derniers soupirs de Bolivar expirant « se coller sur le crucifix ».
Oh! que c'est donc avoir la vue courte et l'esprit faible, concluait-il, que de s'en aller faisant l'oraison funèbre du christianisme parce qu'on a abattu quelques croix dans Paris ou parce qu'une cabale irréligieuse s'est opposée quelque part aux processions publiques! Pour nous, nous acceptons l'époque actuelle comme la fin des temps de doute, comme l'heure où l'examen achève de s'opérer, où la conviction va avoir son tour.
Il confrontait avec ces merveilles de vie catholique les ambitions saint-simoniennes. Il y trouvait, çà et là, quelque grandeur: le plan de la hiérarchie religieuse, le précepte de l'amour, l'idée même de l'association universelle, lui apparaissaient comme de grandes et fécondes doctrines. Mais ces doctrines, l'Église les revendiquait; le saint-simonisme ici démarquait le christianisme. Et traquant Saint-Simon sur les terrains où, rompant avec le christianisme, le réformateur aspirait à l'originalité, Ozanam constatait qu'alors la doctrine saint-simonienne présentait, « ou bien un mouvement rétrograde remarquable, ou bien une exagération ridicule'2 ».
Bien des années plus tard, dans la notice nécrologique où il s'attendrissait sur la précoce disparition d'Ozanam, dans cette notice que Tocqueville traitait de « chef-d'œu-
i. Ozanam, op. cit., p. 44-45. Ozanam commettait une erreur en faisant de Creuzer un catholique; jamais même l'école catholique allemande ne le considéra comme un allié. Quant au professeur protestant dont parle Ozanam, c est vraisemblablement Guizot.