‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 19 sur 192 · Ozanam, op. cit., p · texte numérisé non relu

Ozanam, op. cit., p

vre »', Jean-Jacques Ampère, parlant de cette brochure y trouvait « en germe la plupart des qualités qui depuis se développèrent chez Ozanam : un goût vif, bien que novice encore, pour l'érudition puisée aux sources les plus variées, de la chaleur, de l'élan, et, avec une conviction très arrêtée sur les choses, une grande modération envers les personnes ». J'aime à y signaler, ajoutait Jean-Jacques Ampère, « cette libéralité de vues qui lui faisait reconnaître des sympathies, même hors du camp dans lequel il combattait2 ». Ampère avait raison de tirerainsi de l'om bre cette petite improvisation de jeunesse, dans laquelle une plume ardente, passant outre aux timidités de l'inexpérience, esquissait un exemple — le premier peut-être

de la méthode et de l'attitude avec laquelle l'apologétique chrétienne devait aborder les doctrines sociales écloses à l'écart de l'Eglise et même à l'encontre de l'Eglise. Avant de condamner le saint-simonisme qui, par ses générosités avait pu séduire certaines consciences, le christianisme semblait dire, par la plume d'Ozanam: ces générosités elles sont miennes, elles sont mon bien, elles sont mon propre passé, mon propre idéal ; quand je les retrouve dans le saint-simonisme, je reconnais l'emprunt que le saint-simonisme m'a fait, et j'aime retrouver, partout où ils se posent, les reflets de mes enseignements, les reflets de mes espoirs. Ozanam ressaisissait ainsi, dans la doctrine des adversaires, les titres mêmes qu'avaient l'Évangile et l'Église à l'admiration et à la gratitude humaines3.

Cherchant une épigraphe pour sa brochure, il l'empruntait à Lamartine. Lesjeunes catholiques d'alors espéraient

i. André-Marie et Jean-Jacques Ampère, Correspondance et Souvenirs, II, p. 227-228 (Paris, Hetzel, 1875).

2. Ampère, Xotice sur Frédéric Ozanam. p. 6 (Paris, Leaormant, j 853).

3. Nous retrouvons l'écho de ces réflexions d'Ozanam dans une lettre qu'en i835 Falconnet adressait à son ami Boitel, directeur de la Revue du Lyonnais. Falconnet expliquait que « le christianisme porte en lui toutes les modifications futures de l'humanité » et qu' « une doctrine nouvelle », telle que le Saint-Simonisme, « est un mensonge historique. » (Roustan, op. cit.

beaucoup de Lamartine. Le mélancolique Dufieux, ami d'Ozanam, célébrait en quelques strophes la «. voix toujours pure et fidèle » du poète et la façon dont la prière lamartinienne montait « vers le ciel comme un soupir d'amour' ». Ozanam choisissait, pour les inscrire au frontispice de sa brochure, certains vers dans lesquels l'auteur des Harmonies interpellait le Christ:

Ah! qui sait si cette ombre où pâlit ta doctrine Est une décadence — ou quelque nuit divine, Quelque nuage faux prêt à se déchirer, Où ta foi va monter et se transfigurer?

Et tout l'opuscule du jeune audacieux montrait la foi chrétienne déchirant les faux nuages du saint-simonisme, et transperçant, de sa lumière ascendante, ce chaos d'illu sions futiles.

Lamartine, touché de cette sorte de parrainage poétique dont Ozanam l'avait investi, lui exprima dans une lettre très flatteuse sa reconnaissance, son admiration, sa fierté. « Ce début, continuait le poète, nous promet un combattant de plus dans la sainte lutte de la philosophie religieuse et morale, que ce siècle livre contre une réaction matérialiste 2. » Chateaubriand, de son côté, appréciait, de toute la hauteur de sa bienveillance, l'ouvrage d'Ozanam ; il le trouvait d'un « excellent esprit », et pensait, à part lui, que ce « fou » de Saint-Simon, cet « étrange Christ » était indigne d'un tel honneur. Le « morceau » qui terminait la brochure lui paraissait « extrêmement touchant » 3, et ce morceau nous émeut encore, aujourd'hui, comme il émouvait Chateaubriand.

Oui, s'écriait Ozanam, elle refleurira, la vieille terre de France, elle se parera encore de cette antique pureté de mœurs qu'on avait crue perdue pour jamais; elle se parera de la sagesse de ses institutions et de la triple gloire des sciences, des arts, de l'industrie. Cette œuvre est à vous, jeunes gens. Vous avez éprouvé tout le vide

i. Alexandre Dufîeux, A M. Alphonse de Lamartine (Lyon, Sauvignet, i83i).

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