‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 20 sur 192 · Mer Baunard, op. cit., p. 3o · texte numérisé non relu

Mer Baunard, op. cit., p. 3o

des jouissances physiques; un besoin immense s'est fait sentir dans vos âmes ; vous avez connu que l'homme ne vit p;ts seulement de pain, vous avez eu faim et soif de la vérité et de la justice, et vous avez cherché cet aliment dans les écoles philosophiques, vous avez couru aux leçons de modernes apôtres, et rien de tout cela n'a rempli vos cœurs. Voici que la religion de vos pères vient s'offrir à vous, les mains pleines. Ne détournez pas vos regards, car elle aussi est généreuse et jeune comme vous. Elle ne vieillit point avec le monde: toujours nouvelle, elle vole au-devant des progrès du genre humain, elle se met à sa tête pour le conduire à la perfection.

Et puis, après cet appel aux jeunes gens, il se retournait vers les autres catholiques, vers les catholiques d'âge mur, blasés peut-être ou bien affaissés; avec un curieux mélange de hardiesse et de modestie, il leur disait :

Je sais que mon langage est bien faible, et mon esprit bien débile encore : ce n'est pas d'un jeune homme de dix-huit ans qu'on a droit d'attendre une œuvre parfaite. Si donc j'ai failli, si bien des méprises m'ont échappé, attribuez-le, lecteurs, non pas à ma cause, mais à ma jeunesse et à mon impuissance.

Plusieurs points de suspension ponctuaient son tâtonnement; et puis il terminait, crânement : « Et si je vous parais avoir dignement soutenu la lutte, sachez donc ce que pourraient les catholiques eux-mêmes, quand leurs enfants ne craignent pas d'entrer en lice \ »

Il n'est pas rare de surprendre, chez les néophytes de l'apostolat, ce regard impatient, et dans lequel parfois un blâme étincelle, jeté sur ceux qui les ont précédés dans la vie. Alors parmi ceux-ci, un certain nombre protestent : conservateurs tenaces de leurs maximes d'action, qui parfois ne couvrent que l'inaction, ils demandent de quoi ces jeunes se mêlent. Mais d'autres, conscients du temps perdu, soucieux des jours inemployés, contrits pour le néant le certaines parades où leur personnalité cherchait plus de gloire que Dieu n'en recueillait de profit, sont tout prêts à s'humilier en sentant courir derrière eux, sur la

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