‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 26 sur 192 · Ampère, Frédéric Ozanam, p · texte numérisé non relu

Ampère, Frédéric Ozanam, p

qui m'avez pris comme un frère dans la maison de votre saint et glorieux père, qui m'avez mis en chemin... C'est ainsi que la Providence miséricordieuse, dont les desseins paraissent si beaux quand on les voit d'un peu loin dans leur ensemble, me ménageait à Lyon, à l'âge de 18 ans, la connaissance de votre cousin, M. Périsse, qui voulait bien me faire faire quelques bonnes œuvres, afin que par son entremise je vous fusse adressé et que vous fissiez peu à peu, par vos exemples, vos conseils et enfin par votre généreux désintéressement, toute ma vocation littéraire1.

Ainsi se rappellera-t-il, toute sa vie, avec une sorte d'étonnement, le bien que lui avait fait cette maison tutélaire; et tout ému des bontés de la Providence, il se demandera, avec une inquiète gravité, ce qu'elle avait pu vouloir de lui en plaçant sa jeunesse sous de si rares auspices2.

Lyon cependant était bien loin, et sa famille, dont il avait cru, longtemps, qu'elle était l'univers... Et dans le vaste Paris, il suffisait de mettre le nez à la fenêtre — même à celle d'Ampère — pour entrevoir « le monde sous ses formes véritables, avec la laideur de ses vices, le bruit de ses passions, les blasphèmes de son impiété »3. Il y avait toujours des heures où Ozanam n'était pas heureux. « La science et le catholicisme, écrivait-il à Falconnet le 29 décembre 1 83 1 , voilà mes seules consolations; et certes cette part est belle; mais là encore, espérances déçues, obstacles à surmonter, difficultés à vaincre. Tu n'ignores pas combien je désirerais ni1 entourer de jeunes hommes sentant, pensant comme moi ; or je sais quil y en a, quil y en a beaucoup, mais ils sont dispersés comme l'or sur le fumier, et difficile est la tâche de celui qui veut réunir des défenseurs autour d'un drapeau'*. » Il apaisait ses impatiences en continuant de songera l'histoire des religions, en traduisant, pour cette synthèse projetée, un travail sur la mythologie des Lapons. Mais ses

1. A. -M. Ampère et J.-J. Ampkre, Correspondance et Souvenirs, IF, p. i3i-i3a.

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