‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 34 sur 192 · Lettres d'Ozanam, I, p. io · texte numérisé non relu

Lettres d'Ozanam, I, p. io

3. Sur l'abbé Marduel, voir MS' Ozanam, op. cit., p. 639-644.

nue, puisque, dans ses deux gros volumes sur Y Autorité Paternelle, il écrivait : « Plaignons ceux qui ne pensent pas bien; évitons de discuter avec eux, car dans les moments d'effervescence on est peu disposé à entendre la vérité. Souvent nos efforts pour la faire connaître attachent plus fortement à Terreur. Dieu seul peut éclairer les esprits, changer les cœurs et retirer l'homme de l'aveuglement qui l'empêche de comprendre les vérités les plus simples1. »

Ces réflexions, évidemment, n'interposèrent aucun voile entre la conscience catholique d'Ozanam et son ferme dessein d'un long apostolat intellectuel; le grand élan d'Ozanam apôtre, de l'Ozanam qu'aujourd'hui tous les catholiques sont d'accord pour glorifier, ne se laissa pas amortir; mais peut-être persuadèrent-elles Ozanam que, dans le cadre d'une parlotte telle qu'étaient les conférences d'histoire, des discussions sur les grands problèmes religieux servaient de peu, et les « pauvrettes », comme Ozanam qualifiait ces conférences, furent peu à peu « mourantes », et ne l'intéressèrent plus que « comme moyen de recruter la conférence de charité ». Car les catholiques prédestinés à de grandes œuvres — et tel était Ozanam — savent faire bon usage des inimitiés qu'ils rencontrent; et si Picot, sans le vouloir ni le prévoir, fit s'orienter vers la conférence de Saint-Vincent de Paul, vers une œuvre de bien qui leur survit magnifiquement, les énergies que sa vigilance suspectait, Y Ami de la Religion, par ce manque même de charité que lui reprochait si justement le jeune Ozanam, fit beaucoup, sans le savoir, pour la charité.

i. Mardvel, op. cit., II, p. 5i8.

72 OZANAiM COLLÉGIEN, OZANAM ÉTUDIANT :

Au delà des improvisations ou des juvéniles travaux de la conférence d'histoire, à côté de ces cours de Sorbonne où l'on allait, parfois, en protestataires plutôt qu'en disciples, Ozanam, dès son arrivée à Paris, s'était préoccupé de faire surgir certaines chaires, au pied desquelles ses jeunes amis pussent, en toute sécurité, s'instruire et s'exalter. Dès janvier i832, l'abbé Gerbet avait inauguré quelques leçons sur la philosophie de l'histoire; de Goux, le futur professeur de Louvain, avait commencé un enseignement d'économie politique; et un autre rédacteur de l'ilce/z/rjd'Ault-Dumesnil, appliquait à la littérature espagnole la théorie générale qu'il avait conçue sur les caractères généraux de la littérature catholique. « Comme une humble image qu'on brise ensuite et qu'on oublie », ces cours voulaient « préfigurer, ainsi que le proclamait Gerbet, les futures universités catholiques et libres ». Les leçons dans lesquelles de Coux mettait à nu « la plaie qui ronge la société et le remède qui seul peut la guérir », attiraient une studieuse affluence ; Ozanam y trouvait « profondeur, intérêt, vérité, vie »!. Mais l'abbé Gerbet, surtout, le passionnait : « C'est maintenant, écrivait-il à Falconnet, qu'on peut dire que la lumière brille dans les ténèbres; jamais ne retentit à nos oreilles une parole plus pénétrante, une doctrine plus profonde. » Et il dessinait ce portrait du prédicateur : « Aucun charlatanisme : une voix faible, un geste embarrassé, une improvisation douce et paisible ; mais, à la fin de ses discours, son cœur s'échauffe, sa figure s'illumine, le rayon de fei est sur son front, la prophétie est sur sa bouche2. »

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