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dante barbe qui tombe en flots de neïge sur sa poitrine, lui donnent un air de majesté qui rappelle les bardes ou les voyants des anciens jours: c’est ainsi qu’on se représente Ossian, Baruch, ou le Camoëns. | Chez M. Longfellow, comme chez M. Agassiz, le cours de la conversation nous entraîna - naturellement à parler du Canada ; ces hommes éminents ne tarissaient pas d’admiration sur la beauté de notre histoire, qu’ils avaient appris à apprécier par la lecture des œuvres de M. Parkman. Pour eux comme poux bien d’autres, cette lecture avait été une révélation.
De son côté, madame Agassiz me parla longuement, avec des larmes dans les yeux et dans la voix, de l’héroïsme de nos premiers missionnaires et de nos fondatrices religieu- | ses.
Déjà, en France, en Angleterre, et dans plusieurs autres parties des États- Unis, % j'avais été fier d’entendre faire l'éloge de notre peuple d’après l’auteur des Pioneers.
Mon séjour à Boston acheva de me con-
sur vaincre des immenses services que M. Parkesté | man a rendus à notre pays par ses travaux des historiques.
Ènte Un intérêt et une sympathie toute natu- | relle se rattachent donc à cet écrivain, qui pas- 2 nous a si noblement vengés des odieuses caina lomnies qu’on a inventées pour avilir le nom
DM - | et le caractère de nos ancêtres. |:
jen La famille de M. Parkman est une es 4
la- | plus anciennes des États-Unis ; elle se glo- 4 rifie de sa généalogie qui remonte jusqu'aux À on- | Pilgrim Fathers. *
ers | * Au moment où nous écrivons ces lignes, une lettre nous apprend qu’un malheur subit vient de frapper au cœur M. Parkman. Son unique frère, | John Elliot Parkman, ïieutenant dans la marine ns : américaine, et servant sur la flotte du Pacifique, sous le commodore Stembel, est mort soudainement à San-Francisco, le dix-neuf décembre dernier.
Francis Parkman est né à Boston le 16 septembre 1823. Dès l’âge de huit ans, ii fut transporté des rives de l'Océan aux rives de la forêt. Quatre années de son enfance s’écoulèrent dans la résidence de son grand-père, située à l’intérieur du Massachusetts, sur les limites des défrichements. L’imagination vive et rêveuse de l’enfant, qui s'était bercée d’abord aux roulis des vagues de l’Océan, dut se plonger avec une singulière volupté dans ces vagues autrement mystérisuses des grands bois. C’est dans ses courses enfantines qu’il puisa ce goût pour les aventures, cet amour pour la vie sauvage dont ses écrits portent une si puissante empreinte.
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Après avoir couru mille dangers dans ses voyages, ayant. fait plusieurs fois le tour du monde, après avoir affronté la mort sur les champs de bataille de la dernière guerre, il est tombé tout à coup, en pleine paix, sans cause apparente. Oflicier plein d'espérance et d'avenir, aimable autant qu’aimé, sa carrière promettait d’être aussi honorable qu’utile à son pays.
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Il entra au collège de Harvard en 1840, et y fit son cours d’études. Durant ses vacances d'été, il s’amusait à parcourir la lisière des forêts, les rivières et les 4acs qui séparent le Canada des États-Unis. Il passa un mois entier à sillonner en tous sens le lac George, à admirer ses rivages pittoresques, à gravir les montagnes, à étudier, dans-leurs moiïindres détails, les lieux historiques, les champs de bataille où Français et Anglais, colons et sauvages ont versé tant de sang pour rem-
porter de stériles victoires. Le génie des-
criptif du futur auteur se déploya, durant ces excursions, avec une nouvelle science de la solitude et un sentiment plus profond de la poésie du désert. Il se passionna pour l’histoire de ia Nouvelle-France en parcourant, les livres à la maïn, ce vaste théâtre où la France et l’Angleterre se sont disputé pendant si longtemps le sceptre de l’Amérique du Nord.
À la fin de l’année 1843, quoiqu'il n’eût
pas encore achevé son cours d’études, M.
Parkman fit un voyage en Europe, en passant par Gibraltar et Malte. Il visita la Sicile, et demeura une partie de l’hiver en Italie.
Durant son séjour à Rome, il lui prit fantaisie de s’enfermer, pendant quelques jours, dans un monastère de passionnistes.
M. Parkman m'a souvent raconté les étranges impressions qu'avaient laissées dans son esprit ces quelques jours de rétraile.
La fenêtre grillée de sa cellule s’ouvrait sur le Colisée; et l’on peut se figurer les émotions qui devaient faire battre ce cœur de dix-neuf ans, les rêves qui faisaient frissonner cette puissante imagination, lorsque, le soir, accoudé aux barreaux de sa fenêtre, le jeune solitaire contemplait, en silence, les rayons de la lune se jouant à travers les arcades en ruine du Colisée, lorsqu'il entendait passer sur les arbustes et mvnter jusqu’à lui le murmure de la brise tiède et varfumée de la nuit, lorsqu'il écoucait tout
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. ï ce monde de souvenirs qui s’éveillait dans un ), pareil lieu.
“| Au retour du printemps, il quitta Rome, k - | remonta par le nord de l'Italie, traversa la 8, D Suisse, et, passant par Paris et Londres, il } arriva à temps en Amérique pour subir ses ) n- À examens dans l'été de 1844. 5 | on Il embrassa alors la carrière du droit. | | Pendant deux ans, il lutta vour courber son ait esprit à cette aride étude ; il essaya de couper les les ailes à son imagination. Mais c'était voueur loir retenir l'aigle en captivité; le noble ris- oiseau déploya ses ailes, brisa sa chaîne. et ue, prit son vol.
re, M. Parkman jeta ses livres de désespoir, les et partit, en 1846, pour une expédition dans les les montagnes Rocheuses. Il a écrit un beau en- livre sur ce voyage, où il a failli laisser sa ter vie.
e et Le Far West était à cette époque une ré- |] out | gion fort peu explorée. Les mormons n’a-
vaient pas encore mis le pied sur ies bords
du lac Salé. M. Parkman rencontra, aux environs du fort Laramie, les saints des derniers jours, campés sur la berge d’une rivière. Ils fuyaient le contact de l'Égypte moderne, dont les habitants se refusaient au bonheur de se laisser piller par eux; et ils s’avançaient dans le désert à la recherche de leur terre promise.
M. Parkman vécut, pendant plusieurs mois, de la vie sauvage parmi les Dacotahs des montagnes Rocheuses. Il les suivit dans leurs chasses annuelles, afin d'étudier, dans tous ses aspects, le caractère sauvage, qu’il devait faire revivre dans ses resplendissantes descriptions tel que :. « pères l’avaient connu aux jours de Champlain et de Montcalm.
Il pénétra même parmi d’autres tribus plus lointaines et plus sauvages pour y observer le type primitif de la race indienne:
mais les fatigues et Les privations qu'il eut à
endurer durant ces courses lui firent con-
tracter une maladie qui donna un choc irré-
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parable à sa santé, et lui légua des infirmités pour le reste de ses jours.
Le talent de l’auteur se révéla dans le récit qu’il fit de cette excursion et qui parut d’abord dans le Knickkerboker Magazine, puis en volume sous le titre de The Prairie and Rocky Mountain life (1849). Le même ouvrage fut publié plus tard par un autre éditeur sous le titre de The California and Oregon Trail.
Dès ses plus jeunes années, M. Parkman avait résolu d’écrire l’histoire de la domination française en Amérique. Son imagination avait été, de bonne heure, séduite par la nouveauté et la poésie de ce sujct.
L'origine, le développement et la décadence de l'influence française en Amérique, offrent une suite de scènes d’une beauté sans rivale dans l’histoire moderne. La lutte longue et acharnée que se livrèrent la France et l'Angleterre, et qui se termina par le triomphe de la race anglo-saxonne, eut d’ailleurs sur les destinées de ce continent des résultats
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immenses, dont le contre-coup s’est fait sentir jusqu en Europe. Cette influence a grandi avec le temps, et la civilisation moderne en a subi une déviation sensible,
L'histoire des deux colonies française et anglaise a mis en regard deux systèmes opposés: la monarchie et la république, la féodalité et la démocratie. Ces deux systèmes, exprimés par deux croyances religieuses, le catholicisme et le protestantisme, ont fait ressortir avec éclat le génie si différent des deux races.
À l’aurore du dix-septième siècle, la monarchie était dans tout l'éclat de sa puissance triomphante ; le catholicisme, au lendemain de la réforme, retrempé par ses désastres, surgissait avec une vie nouvelle du sein de ses propres ruines, et se répandait sur tout l’univers pour conquérir au dehors ce qu’il avait perdu au dedans. Ces deux puissances, fortement organisées, poussaient dans le déserts d'Amérique leurs indomp-
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tables soldats et leurs prêtres dévoués, révélaient les secrets des terres inconnues, pénétraient les forêts, marquaient les lacs et fl t les rivières, plantaient partout leurs emblè- Î : | mes, construisaient des forts, et réclamaient
| | comme leur domaine le sol où ils mettaient | & | le pied. L'expansion de la colonie cana- LE Ë | dienne fut la tentative hardie de ces deux Ÿ t | puissances pour s'emparer d’un continent : < t \Â la Nouvelle-France ressemblait plutôt à un 4
camp militaire bivouaqué dans les solituaäes américaines, qu’à un peuple colonisateur.
Le comiperce : lujsmêrne portait :l’épée: la | noblesse merçantile, fière du blason de ses | anuêtres, spirait à se créer. des: seigneuries | forestières, ayant des hordes sauvages’ pour
vassaux. Avec sa hiérarchie civile, militaire | et religieuse, avec son gouvernement sans | peuple, la Nouvelle-France était ‘ une tête | sans corps.”
| Sur les bords de l’Atlantique, grandissait lentement mais vigoureusement une puis-