‹ P.-J. de BérangerChapitre 134 sur 147 · LES DERNIÈRES ANNEES DE BERANGER SON INFLUENCE · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES ANNEES DE BERANGER SON INFLUENCE

Le coup d'État ne surprit pas le vieux libéral impénitent ; il vit également la transformation de la République en un nouvel empire, sans étonnement, sinon sans regret. Peut-être eut-il conscience, à ce moment-là, qu'il était pour beaucoup dans le nouveau régime, et que la faveur, rencontrée par le prince-président, tenait surtout à la popularité dont ses chansons avaient entouré la mémoire de Napoléon. En tout cas, il ne se rallia pas au régime impérial. Aucune des flatteries du pouvoir ne put le fane sortir d'une neutralité que l'on sentait hostile. L'offre d'une pension secrète sur la cassette de l'impératrice fut repoussée avec autant de courtoisie que de fermeté. Alexandre Dumas, ayant annoncé l'intention de critiquer, dans ses Mémoires, l'attitude trop favorable du poète à l'égard de l'empereur, se fit vertement reprendre, pour avoir eu l'idée d'une pareille accusation.

Le régime, qui allait devenu- impérial, lui avait ménagé en effet une humiliation qu'il ressentit cruellement : il fut rayé de la liste électorale pour indignité! C'étaient ses anciennes condamnations, ses glorieuses condamnations, encourues sous la Restauration, pour la cause de la liberté, que l'on faisait revivre contre lui.

Maintenant il vieillissait tout à fait ; son temps se partageait entre ses amis qui n'avaient jamais été plus empressés autour de lui, la bonne Judith, qui déclinait en même temps que lui, de jeunes auteurs qui s'emparaient un peu

exclusivement de son esprit, des solliciteurs de tout rang et de toute condition, des proscrits étrangers, d'illustres visiteurs, qui ne voulaient pas passer en France sans avoir serré la main du poète, le plus célèbre du temps. Le clergé lui-même lui montrait un empressement significatif. Le curé de Passy. son ancienne paroisse, l'archevêque de Paris Mgr Sibour, qui devait mourir si tragiquement, vinrent le voir et furent enchantés de la réception. Cependant l'âge et une maladie de cœur, dont il souffrait depuis plusieurs années, n'allaient plus tarder à avoir raison de sa nature, qui n'avait jamais été très robuste. La mort de Lamennais lui porta un coup très pénible ; la dernière maladie, l'agonie et la mort de sa chère Judith, en avril 1857, l'achevèrent. « Je voudrais aller rejoindre ma pauvre Judith, écrivait-il à un de ses amis. » Il n'eut pas longtemps à attendre. Moins de deux mois après, son état s'aggravait ; la nouvelle de sa fin prochaine se répandait aussitôt comme une tramée de poudre dans Paris ; la foule se précipita aux abords de sa maison pour avoir, de minute en minute, de ses nouvelles. Sa sœur, religieuse aux Oiseaux, vint le trouver et tenta d'obtenir qu'il reçût les sacrements. L'abbé Jousselin, son ancien curé de Passy, vint également ; c'est encore aujourd'hui une question controversable de savoir si Béranger eut une fin chrétienne. Ses jeunes amis affirmèrent qu'il n'accepta du prêtre qu'une simple bénédiction, en échange de laquelle il lui donna la sienne. Le témoignage moins suspect de son vieux camarade Dubois (de la Loire-Inférieure), témoignage récemment exhumé par la Revue bleue (septembre et octobre 1907), semble prouver qu'il y eut réellement, vers les derniers jours, un retour de Béranger à la foi de son enfance. Du reste, il n'avait jamais cessé, aux époques les plus frivoles de sa vie, de croire en Dieu ; et si l'auteur de VAbbesse de Jouarre a pu jadis reprocher à ce Dieu d'être un peu trop le Dieu des bonnes gens, du moins se rapprochait-il encore plus du Dieu des chrétiens, que la simple « catégorie de l'idéal ».

On aurait dit que Béranger avait le pressentiment de

La comédie gouvernementale qu'allaient être ses obsèques. Peu de temps avant, il composa cette prophétique chanson qai est probablement la dernière qu'il ait écrite :

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