L'INFLUENCE POLITIQUE DE 1825 A
traire pour lui tout le peuple qui chante, c'est-à-dire toutes les forces vives de la nation. Pendant que les poètes officiels écrivent des vers pompeux et froids sur le sacre de Charles X, il entend toute la France répéter, dans un éclat de rire, son Sacre de Charles le Simple. Les gardes nationaux, que le roi a licenciés dans un mouvement de mauvaise humeur, chantent tous sa chanson de la Garde nationale. La Gérontocratie devient le mot d'ordre de tous les adversaires de la dynastie qu'il appelle plaisamment les « barbons ». L'Oraison funèbre de Turlupin, ce bateleur paillard, libertin et vaguement républicain, devient une protestation contre la contrainte des théâtres, de la presse et de toute forme de l'opinion. Des couplets comme ceux du Convoi de David, du Tombeau de Manuel, se transforment, en odes insurrectionn elles. Le public voltairien reprend en chœur le refrain de VAnge gardien; tous les ennemis des jésuites, y compris les curés des campagnes, entonnent la, Mort du diable et ce Missionnaire de Montrouge, écrit pour la fête de Marie Davillier. Averti par un sûr instinct, Béranger ajoute encore quelque chose à la puissance de diffusion ou de pénétration de ses refrains, en y introduisant l'apologie de Napoléon. Officiellement, l'empereur iv est plus que Buonaparte ou le détestable usurpateur; mais le peuple lui a pardonné, pour la gloire qu'il lui avait value et dont il a été privé depuis ; les libéraux le regardent comme le continuateur de la Révolution ; sa mort a commencé sa légende. Son nom est désormais une force qu'un libéra], qu'un républicain même peuvent mettre de leur côté, dans la lutte contre la royauté. C'est l'office que se chargent de remplir les chansons de Waterloo, des Deux Grenadiers et surtout ces admirables Souvenirs du peuple.
Déjà aussi, le chansonnier, à côté de ses vers politiques ou amoureux, inaugure un autre genre d'inspiration, qui n'est pas seulement familière et personnelle, comme celle du Grenier ou de la Métempsycose, mais qui revêt un caractère social et qui se prend « aux instincts natifs des prolétaires ». (Sainte-Beuve.) Tels sont les Bohémiens.
C'est en 1828 que Béranger publia en volume ces chants
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qui circulaient depuis des mois d'un bout à l'autre du pays et qui étaient l'objet de traductions et de contrefaçons à l'étranger. Le ministère de Martignac tentait dans ce moment un essai de conciliation, que l'histoire a reconnu loyal, entre les institutions constitutionnelles et la légitimité. Les amis de l'auteur qui voulaient faire crédit au ministère, engageaient le poète à surseoir à sa publication. 11 y voyait plus loin qu'eux et il passa outre. Ses chansons nouvelles, au nombre de trente-quatre, parurent chez l'éditeur Baudouin, vers la fin de 1828.