‹ P.-J. de BérangerChapitre 79 sur 147 · LES BOHÉMIENS · texte numérisé non relu

LES BOHÉMIENS

Air : Mon pèr'1 tria donné un mari.

Sorciers, bateleurs ou filous, Reste immonde D'un ancien monde; Sorciers, bateleurs ou filous, Gais bohémiens, d'où venez-vous?

D'où nous venons, l'on n'en sait rien.

L'hirondelle, D'où nous vient-elle?

D'où nous venons, l'on n'en sait rien.

Où nous irons, le sait-on bien?

Sans pays, sans prince et sans lois, Notre vie Doit faire envie; Sans pays, sans prince et sans lois, L'homme est heureux un jour sur trois.

Tous indépendants nous naissons

Sans église

Qui nous baptise ;

Tous indépendants nous naissons,

Au bruit du fifre et des chansons.

Nos premiers pas sont dégagés, Dans ce monde Où l'erreur abonde; Nos premiers pas sont dégagés Du vieux maillot des préjugés.

Au peuple, en butte à nos larcins, Tout grimoire En peut faire accroire ; Au peuple, en butte à nos larcins, H faut des sorciers et des saints.

Pauvres oiseaux que Dieu bénit,

De la ville

Qu'on nous exile ;

Pauvres oiseaux que Dieu bénit,

Au fond des bois pend notre nid.

A tâtons l'Amour, chaque nuit, Nous attelle Tous pêle-mêle; A tâtons l'Amour, chaque nuit, Nous attelle au char qu'il conduit.

Ton œil ne peut se détacher, Philosophe De mince étoffe ; Ton œil ne peut se détacher Du vieux coq de ton vieux clocher.

158 = = BERANGEK. -- CHAP. V =

Voir, c'est avoir. Allons courir !

Vie errante Est chose enivrante.

Voir, c'est avoir. Allons courir !

Car tout voir, c'est tout conquérir.

Mais à l'homme on crie en tout lieu, Qu'il s'agite Ou croupisse au gîte; Mais à l'homme on crie en tout lieu : « Tu nais, bonjour ; tu meurs, adieu. »

Quand nous mourons, vieux ou bambin, Homme ou femme, A Dieu soit notre âme !

Quand nous mourons, vieux ou bambin, On vend le corps au carabin.

Nous n'avons donc, exenmts d'orgueil, De lois vaines, De lourdes chaînes ; Nous n'avons donc, exempts d'orgueil, Ni berceau, ni toit, ni cercueil.

Mais, croyez-en notre gaîté, Noble ou prêtre, Valet ou maître; Mais, croyez-en notre gaîté, Le bonheur, c'est la liberté.

Œuvres, III, 211.

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