ANNEES D'ENFANCE
Pierre- Joseph Proudhon naquit le 15 janvier 1809, à Besançon, patrie du babouviste Momoro et du phalanstérien Charles Fourier, dans la rue du Petit-Battant, n° 930, et non au faubourg de la Mouillère, comme l'a prouvé M. Georges Gazier. Le quartier de Battant était à ce moment-là peuplé presque entièrement de vignerons, journaliers, petits industriels, petits bourgeois, petits propriétaires, en un mot, de tout ce qui constituait alors par excellence la vraie race bisontine, telle que Proudhon la caractérisait, et dont il se disait un exact échantillon.
Son père, Claude Proudhon, garçon tonnelier, était originaire de Chasnans, près de Nods, dans le Doubs, au pays haut des sapins ; un brave homme, laborieux, honnête, mais de tête médiocre, et peu économe.
Sa mère, Catherine Simonin, cuisinière, de Cordiron, dans la plaine, sur la limite du Doubs et de la Haute-Saône, a paru à d'autres yeux qu'aux yeux de son fils une femme supérieure ; elle pétrissait, lessivait, repassait, cuisinait, tricotait et rac-
commodait pour toute la maisonnée, soignant en outre et trayant la vache ; malgré la pauvreté de son éducation rustique, intelligente et d'un sens hors ligne, d'une délicatesse morale plus grande encore. On la remarquait, a écrit Pierre-Joseph, pour ses idées et ses vertus républicaines.
Elle-même était la fille d'un paysan que son humeur indépendante et sa résistance hardie aux exactions de la noblesse avaient rendu célèbre dans la région avant 89 ; du nom du régiment où il avait servi en Hanovre, ceux de son village l'avaient baptisé Tournési ; Proudhon l'a immortalisé sous ce sobriquet.
Le petit-fils ressemblait au grand-père par le front, les yeux, le franc rire et la large poitrine, par le courage aussi, l'amour de la bataille et l'impatience de toute tyrannie. Tout le monde a vu l'image de Proudhon.
Un frère de son père, dénommé l'oncle Brutus, à cause de son entêtement, et le Cudot, à cause de ses entreprises mal engagées, fut comme une ébauche caricaturale de Pierre-Joseph. C'était un homme fort intelligent et communément d'un grand bon sens, mais hanté par certaines visions auxquelles il ajouta foi toute sa vie. Il croyait qu'il existait contre sa famille et lui, depuis le temps de François Ier, un vaste complot dont l'épiscopat était l'âme. Il avait pour maxime que la religion est aussi nécessaire à l'homme que le pain, aussi perni-