‹ P.-J. ProudhonChapitre 6 sur 21 · PREMIERS ECRITS · texte numérisé non relu

PREMIERS ECRITS

Le pensionnaire de l'Académie de Besançon partit pour la capitale en novembre 1838.

On lui avait donné comme tuteur Joseph Droz, de l'Académie française, vieux, prudent, timide. On lui avait recommandé de visiter Nodier, Jouffroy, les gloires comtoises. Jusqu'en 1840, il s'astreignit à voir Droz deux fois par semaine, après quoi il prit congé, ne retenant de lui que ce jugement, dont il ne fit pas assez son profit : aujourd'hui, la philosophie n'est plus que l'histoire de la philosophie. Après deux ou trois entrevues, il cessa de retourner chez Jouffroy, qui pourtant avait mesuré toute la profondeur de son intelligence. De ce philosophe il vantait une leçon, qui l'avait frappé, disait-il en 48, comme un trait de lumière, et dont il s'exagérait vraisemblablement le prix, à savoir que désormais une révolution n'était possible que par la philosophie. Bakounine était loin de se douter que Proudhon s'était enfoncé dans l'idéologie pour être plus efficacement révolutionnaire. Quant aux littérateurs purs, comme Nodier et Victor Hugo, Bisontin de hasard, l'espèce de leurs œuvres, la dissi-

pation de leur vie, l'éloignaient d'eux. L'art pour la beauté lui a toujours paru un divertissement superflu, un idéalisme malsain, et s'il a vanté Courbet à la fin de sa vie, c'est, qui le croirait? comme peintre et réformateur des mœurs.

Ce sauvage avait d'ailleurs trop à travailler pour voir du monde. Sur les 1.500 francs de sa pension, il entretenait sa famille. Aussi avait-il dû chercher quelque gagne-pain. Il fut correcteur à l'Europe, « journal carliste ». Il fit, pour une encyclopédie catholique, des articles peu payés, ou point. Il allait aux bibliothèques ; il suivait des cours ; il s'initiait à l'économie politique. Il eut un moment l'idée de préparer sa licence et son doctorat, pour obtenir une chaire dans une faculté, mais sa vocation l'emportait.

Il fallait qu'elle fût bien impérieuse pour se découvrir à l'occasion d'un sujet de concours proposé par l'Académie de Besançon : De futilité de la célébration du dimanche, sous les rapports de l'hygiène, de la morale, des relations de famille et de cité. Proudhon avait l'esprit si gonflé d'idées, l'âme si remplie de socialisme, qu'on n'avait qu'à approcher de lui une matière, même la plus inerte, la plus aride, pour qu'il y épanchât une source vive et puissante de socialisme et d'idées.

Sainte-Beuve a bien vu que le Discours composé par Proudhon sur ce sujet (1839) renfermait en germe presque toute sa doctrine de l'avenir, et

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