‹ P.-J. ProudhonChapitre 8 sur 21 · PREMIERS ECRITS · texte numérisé non relu

PREMIERS ECRITS

Soit dit une fois pour toutes, il est impossible d'analyser un écrit de Proudhon; il faudrait tout transcrire, ou presque tout. Son esprit puissant ne se contente pas de suivre une idée directrice, de la développer, de l'éclairer ; sans doute, il fait cette tâche, qui s'impose à tous les écrivains ; mais ses développements mêmes, ses preuves, ses exemples, apportent en foule les idées capitales, les jugements frappants, les synthèses lumineuses, saisissantes ou irritantes," toute une fourmilière de pensées qui sont là pour l'objet principal du livre, et qui, en même temps, valent par elles-mêmes.

Il y a exagération et injustice à prétendre, comme Miilberger, qu'un seul chapitre des Contradictions économiques fournit à la pensée plus de butin que l'œuvre entière de Marx. Mais il est bien vrai que la fécondité de l'esprit de Proudhon apparaît extraordinaire, surtout à qui veut donner une idée exacte d'un de ses ouvrages, même du plus ancien, comme ici, et du plus mince. On tâche de se borner à l'essentiel, et vite on s'aperçoit qu'on a omis de l'essentiel.

Que de choses encore renferme ce Discours ! Une théorie ébauchée du suffrage universel, que Proudhon dédaigne comme empirique et contraire à la science ; les principes d'une philosophie de l'homme et de la nature ; la conception d'une

science des sciences, que Proudhon nommera plus tard la métaphysique, etc., etc. La critique a beau jeu de reprocher des omissions à un compte-rendu, quel qu'il soit, d'une œuvre de Proudhon.

Mais un inconvénient plus sérieux de cette richesse, c'est qu'elle disperse et surcharge l'attention du lecteur, et qu'ainsi elle rebute celui-là même qu'elle voudrait éclairer et persuader.

Ajoutez que Proudhon a dès lors ses façons propres de parler, correspondant à des façons propres de penser, et qu'il se sert des termes communs en leur donnant un sens particulier, sans crier gare. « Abolissons la royauté », qui ne croirait que cet impératif signifie : Jetons le trône à bas — , alors que Proudhon n'en veut qu'au pouvoir exercé par la volonté d'un homme quelconque sur la volonté d'autres hommes? Combien d'étourneaux ont jacassé contre Proudhon, déclarant la guerre divine, sans rechercher et sans comprendre ce qu'il avait voulu dire par là et qu'il a cette fois expliqué tout au long! Mais, vraiment, leur faute n'était pas imputable à eux seuls.

Ces remarques de critique étaient indispensables avant d'aborder l'étude du premier Mémoire de Proudhon sur la propriété.

« qu'est-ce que la propriété ?» 115

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