‹ P. J. ProudhonChapitre 11 sur 95 · DE LA CÉLÉBRATION DU DIMANCHE · texte numérisé non relu

DE LA CÉLÉBRATION DU DIMANCHE

fausse idée du Discours ; les armes y sont à chaque pas sous les fleurs, et même elles se montrent très à nu déjà sans trop de fleurs. L’imagination puritaine de Proudhon s’empare des lois de Moïse, les interprète en son sens et s’en fait une sorte de

ne reçoit plus volontiers et d’une humeur plus caressante les amis de son époux?.. La joie du dimanche se répand sur tout; les douleurs, plus solennelles, sont moins poignantes; les regrets moins amers-, le cœur malade trouve une douceur inconnue à ses cuisantes peines. Les sentiments se relèvent et s’épurent : les époux ont retrouvé une tendresse vive et respectueuse, l’amour maternel ses enchantements; la piété des fils s’incline avec plus de docilité sous la tendre sollicitude des mères. Le domestique, ce meuble à figure humaine, ennemi né de celui qui le paye, se sent plus dévoué et plus fidèle; le maître plus bienveillant et moins dur: le paysan et l’ouvrier que tourmente un vague soupçon d’égalité sont plus contents de leur sort. Dans toutes les conditions, l’homme ressaisit sa dignité, et, dans l’infini de ses affections, il reconnaît que sa noblesse est trop haute pour que la distinction des rangs puisse la dégrader et l’avilir . C’est le dimanche que le carac¬

tère du prêtre, dans ce qu’il a de conciliant et d’apostofïque, brille de tout son éclat. La visite du curé est la joie d’une famille champêtre. Que de malades soulagés, de pauvres secourus, d’infortunes adoucies, ae haines éteintes, d’ennemis réconciliés, d’époux réunis, par l’intermédiaire du curé!.... Or, le prêtre, dans les campagnes surtout, ne dispose pas des instants; il faut qu’il les saisisse au passage, et c’est le dimanche qu’il voit ses devoirs se multiplier, ses œuvres porter leurs plus beaux fruits; c’est le dimanche qu’il découvre tout le bien qu’il peut faire. » Et encore une belle page, mais toute continue, qui commence ainsi : « La dernière nuit de la semaine est écoulée, etc. » Ce sont de vrais morceaux de bonne rhétorique. — C’est mieux que de la rhétorique, c'est de la satire à la Proudhon, à la Tertullien ou à la Bridaine que le passage où il est dit : « Dans les classes élevées, on ne connaît plus le dimanche; les jours de la semaine se ressemblent tous Le peuple renvoie quelquefois ses passions à

huitaine; les vices des grands ne s’ajournent pas. #

code, de charte sacrée égalitaire dans le passé ; il va chercher la démocratie jusque sous la théocratie de Moïse : il en retrouve les titres qu’il ne s’agit, selon lui, que de découvrir sans avoir besoin de les inventer. J’y trouve le germe de sa théorie de la propriété et de cette fameuse définition : C’est le vol. Il n’est pas arrivé à cette formule abrupte du premier coup. L’égalité des conditions, qui lui paraît conforme à la raison et irréfragable en droit, se trouvait être, selon lui, réalisée en fait par la législation de Moïse. Josué ne fit que l’appliquer dans la distribution des terres entre les tribus et dans l’espèce de cadastre général qu’il fit exécuter : mais l’égalité des conditions et des fortunes était bien réellement dans la pensée du législateur sublime descendu du Sinaï. Quand il est dit dans le Décalogue : Tu ne voleras pas , cela signifie, selon l’énergie du terme hébreu original cité par Proudhon : Tu ne détourneras rien, tu ne mettras rien de côté pour toi.

« L’expression, nous dit Proudhon, est générique comme l’idée même : elle proscrit non seulement le vol commis avec violence et par la ruse, l’escroquerie et le brigandage, mais encore toute espèce de gain obtenu sur les autres sans leur plein acquiescement. Elle implique, en un mot, que toute infraction à l’égalité de partage, toute prime arbitrairement demandée et tyranniquement perçue, soit dans l’échange, soit sur le travail d’autrui, est une violation de la justice commutative, est une concussion. »

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