PREMIERS DÉSACCORDS
Dimanche ) à M. Droz ni à M. Jouffroy : je n’attends que de la colère et de l’indignation de l’un, et de l’autre du mépris. Ma philosophie et ma politique ne sauraient leur plaire *. J’apprends de Besançon que le Clergé a arrêté la vente de ma brochure, qu’on y prépare des réfutations sévères de mes principes; qu’en général, si on ne me refuse pas quelque talent, on me trouve beaucoup de paradoxe dans les idées. Les dévots sonnent l’alarme, et les soi-disant républicains se réjouissent d’un nouveau champion. Personne ne veut me prendre comme j’ai voulu être pris. Les plus sages, mes amis même, doutent, me font des recommandations, et désirent que je laisse la politique de côté. Faites-nous de la métaphysique et de la morale, me dit-on, et laissez la république, la monarchie et les prêtres. On veut, comme tu vois, que je sois philosophe, sans qu’il me soit permis de parler de Dieu , de la société et de la religion; que je fasse de la science, à condition que je n’en toucherai pas les matériaux. — Pauthier 1 2 a été très-content de mon travail, quelques autres encore; mais du reste, nul ne sait que me dire. Les hommes du National se sont moqués du titre de l’ouvrage ainsi que de l’auteur, qu’ils ont presque pris pour un jésuite. D... m’exhorte à laisser là mes idées de religion
1. Et encore à Bergmann, deux mois après : « Tu me demandes ce qu’ont pensé les JouflYoy et les Droz de mon Discours : ils ne l’ont vu ni l’un ni l’autre. Je ne vais plus chez M. Jouffroy, et je voudrais me dispenser d’aller chez M. Droz. L’air de ces maisonslà ne me convient pas. Je n’ai personne avec qui je puisse m’entretenir de mes études, personne. »
2. Le sinologue; il était compatriote franc-comtois de Proudhon, et il est souvent nommé avec estime dans ses lettres. — M. Pauthier vient de couronner son utile et laborieuse carrière par son édition du Livre de Marco Polo, qu’il a publié dans sa rédaction française originale, revue par l’auteur lui-môme, avec éclaircissements et commentaires. (Deux grands in-8°, librairie de Firmin Didot.)
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et de divinité, qui ne sont plus à l’ordre du jour : cct excellent D...! Que veux-tu? Je suis hors de toutes les conditions de succès ; je ne plais à personne. Ma chance est belle ! mais patience ! »
On sent le défi. C’est dans ces conditions irritantes et comme sous cette inspiration vengeresse, qu’il conçut et composa son premier mémoire sur la Propriété. Il en faisait sa grosse affaire :
« Ce ne sera pas l’œuvre d’un jeune homme qui n’a qu’une demi-conscience de la nouveauté et de la certitude de ses idées. Je t’en parlerai plus au long une autre fois. Il faut que dans trois mois ce soit fini ; c’est le terme que je me donne pour quitter Paris, où je ne saurais vivre. — Je suis seul, je n’ai plus que D... dont le cœur est parfait, et l’esprit trop peu éclairé. Mon imprimerie va doucement : je soupire après le jour où j'irai reprendre mon bonnet de papier. »
Une fois à ce nouveau travail, il en est possédé tout entier. Le précédent Discours est déjà dépassé et oublié ; et comme Ackermann de loin y revenait et lui en reparlait encore, en amateur qu’il était du style et d’une certaine pureté classique poussée jusqu’au purisme, Proudlion répondait non sans un grain d’impatience (12 février 1840) :
« Depuis votre départ, il en a été pour moi de cette brochure comme de mon mémoire pour le prix Volney : je n’y pense plus. Ce sera jusqu’au bout mon habitude de laisser mourir de leur belle mort mes rapsodies, qui finissent toujours par m’ennuyer autant que personne. Je