‹ P. J. ProudhonChapitre 19 sur 95 · ANXIÉTÉ, TIÏOUCLE ET CONFIANCE · texte numérisé non relu

ANXIÉTÉ, TIÏOUCLE ET CONFIANCE

de produire. Je ne dis pas : qu'il soit compris; je dis seulement : qu'il soit lu, et c’est fait de la vieille société. Il ne se peut rien de plus clair, de plus simple, de plus démonstratif, de mieux enchaîné que les cinq chapitres dont se compose mon premier mémoire, car j’ai résolu de partager mes publications : et cela tient autant à la méthode qu’à l’arithmétique dont j’ai fait usage.

« J'ai honte de me donner tant d’éloges : mais un ami les pardonne. D’ailleurs, pour dire toute ma pensée, — la vérité une fois connue, comprise et pratiquée, mon livre devient à jamais inutile, et même trivial et sot. C’est le sentiment qu’il me fait éprouver à moi-même : je songe que ce n’est point là réellement de la science, mais une démonstration digne d’Arlequin; en sorte que je regarde mon travail, non comme une élude, mais comme un sacrifice. Il faut bien que quelqu’un se dévoue, pour que les autres étudient : eh bien! étudie pour moi, tandis que je fais la guerre, etc. »

11 s’imagine très - sincèrement qu’avec celte brochure : Qu est- ce que lu Propriété? il va inaugurer une ère nouvelle, comme Sieyès avec sa brochure: Qu est-ce que le Tiers-Etat ? en a inauguré une en politique. Ici, c’est une révolution en économie politique qui doit en sortir; c’est la réduction de la question politique à une question économique. Le signal une fois donné et le premier coup de canon parti, le centre du combat sera déplacé.

Mais j’entends d’ici plus d’un lecteur qui m’arrête et qui, ne jugeant Proudhon que sur sa vieille réputation vulgaire, me dit : « Très-

bien ! vous m’exposez les pensées intérieures , les

P.-J. PROCDIION.

bouffées d’ambition, les fluctuations et les orages, les tortures de cet homme ; vous voulez m’y intéresser; mais le mérite-t-il? et ce livre dont vous me montrez la conception et le douloureux enfantement, vaut-il toute cette peine qu’il a donnée à son auteur ? n’est-ce pas un livre fatal, funeste, faux, sans valeur philosophique, réluté depuis par les économistes et les vrais savants? N’est-ce pas un pur brandon de guerre, et détestable dès lors, nullement digne qu’on y apporte après coup ce soin, cette attention, et qu’on fasse tant d’honneur à son auteur? » — Si tel était mon avis sur ce premier mémoire : Qu est-ce que la Propriété? qui parut en juin 1840, je me serais bien gardé d’y tant insister. Je dirai tout à l’heure, ou plutôt Proudhon lui-mëme vous dira ce qui est à blâmer dans le livre et par où il pèche; dès qu’il sera de sang-froid, il en sentira les défauts aussi bien que personne. Lorsqu’il écrivait ce qu’on vient de lire et qu’il se félicitait si hardiment avec des amis dans le feu et la fumée de son travail, il s’en exagérait sans doute la valeur, mais pas absolument; il était loin d’avoir abattu les murailles et d’avoir pris la place d’assaut; mais il y avait pratiqué à coups de bélier de larges brèches, difficilement réparables. Toute sa réfutation des jurisconsultes plus ou moins philosophes qui ont traité du droit de propriété, Toullier, Dutens, Charles Comte, etc. est vigoureuse, victorieuse, selon moi, et décisive; car je suis de ceux qui pensent avec

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